lundi 19 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2401245 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | VICENCIO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 février 2024, la société par actions simplifiée INS Academy, représentée par Me Vicencio, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 14 décembre 2023 par laquelle la Caisse des dépôts et consignations a décidé la sanction de déférencement de l'organisme INS Academy pour une durée de douze mois, le recouvrement des sommes versées et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagés et le non-reversement le cas échéant des sommes rétrocédées par l'établissement bancaire ;
2°) d'enjoindre à la Caisse des dépôts et consignations de la référencer sur la plateforme " moncompteformation " dans les conditions antérieures à la décision du 14 décembre 2023, dans un délai de huit jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d'ordonner le déblocage des fonds qui lui sont dus par la Caisse des dépôts et consignations ;
4°) de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 février 2024 sous le numéro 2401246 par laquelle la société requérante demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. L'organisme de formation INS Academy propose des formations sur la plateforme " moncompteformation ". A ce titre, la société INS Academy a perçu un montant de 40 807,5 euros réglé par la Caisse des dépôts sur un total d'engagement financier de 444 309 euros au titre du compte personnel de formation. Ayant constaté des non-conformités graves concernant cet organisme, la Caisse des dépôts et consignations a décidé la sanction de déférencement à son encontre pour une durée de douze mois, le recouvrement des sommes versées et le non-paiement des sommes concernant les dossiers de formation engagés et le non-reversement le cas échéant des sommes rétrocédées par l'établissement bancaire, par décision du 14 décembre 2023 dont la société requérante demande la suspension.
2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". L'article L. 522-3 dudit code dispose : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ". Enfin, le premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code prévoit que : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
3. Pour l'application des dispositions citées au point 2, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient ainsi au juge des référés, saisi de conclusions tendant à la suspension d'un acte administratif, d'apprécier concrètement, compte tenu des éléments fournis par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Dans ce cadre, l'urgence doit être appréciée objectivement compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire.
4. Pour établir l'urgence à suspendre la décision litigieuse, la société requérante soutient que cette décision a pour effet de l'empêcher de continuer à exercer son activité et l'expose à un dépôt de bilan dès lors qu'elle perd ainsi l'essentiel de ses ressources sans qu'il lui soit possible de réorienter rapidement son offre de formation vers d'autres secteurs, alors qu'en outre cette décision emporterait des conséquences dommageables pour les stagiaires candidats qui ne seront plus en mesure de financer leur diplôme via leur compte personnel de formation. A l'appui de sa requête, la société produit une attestation de son expert-comptable indiquant que 100% du chiffre d'affaires de la société comptabilisé sur le dernier exercice 2023 provient de l'activité en lien avec le compte personnel de formation.
5. Toutefois, à l'appui de sa requête, la société requérante ne fournit aucun document comptable alors qu'il résulte de l'instruction qu'elle a débuté son activité le 28 avril 2022 et a clôturé son premier exercice social au 31 décembre 2023. Elle ne précise ainsi en particulier ni le montant de son actif, ni celui de ses charges. En outre, alors qu'elle est constituée sous la forme d'une société par actions simplifiée unipersonnelle, elle n'apporte aucune précision sur la situation financière de l'associé unique ni sur sa capacité à réaliser des apports complémentaires le temps de la période de déréférencement de la plateforme.
6. Dans ces conditions, la société INS Academy n'établit pas suffisamment que la décision du 14 décembre 2023 préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à ses intérêts et elle ne peut, en tout état de cause, utilement faire valoir les inconvénients pour des tiers du déréférencement critiqué. Par suite, la condition d'urgence n'étant pas satisfaite, les conclusions aux fins de suspension et d'injonction présentées par la société INS Academy doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner le sérieux des moyens, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais de l'instance.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société INS Academy est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société INS Academy.
Fait à Versailles, le 19 février 2024.
Le juge des référés,
signé
Ph. Delage
La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026