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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401251

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401251

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401251
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantANGLIVIEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2325713 du 12 février 2024, le président de la première section du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de Mme B A enregistrée le 8 novembre 2023.

Par cette requête, Mme B A, représentée par Me Angliviel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2023 par lequel le préfet de police de Paris a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de quinze jours à compter de la décision à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir et de lui délivrer, immédiatement, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- en application de la décision du Conseil d'Etat du 28 juillet 2022 n° 441481, elle souhaite lever le secret médical la concernant afin que l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) produise son dossier médical sur lequel le collège des médecins s'est fondé pour émettre son avis ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure en l'absence de production de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII ne permettant pas de s'assurer de sa régularité, notamment en vérifiant que le médecin ayant établi le rapport n'y a pas siégé, en s'assurant de la collégialité de la séance et de la régularité de la désignation de ses membres par une décision du directeur général de l'Office ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée ;

- la décision méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mars 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une lettre du 29 mai 2024, le tribunal a demandé à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), en application de la décision du Conseil d'Etat du 28 juillet 2022 n° 441481, de produire l'entier dossier du rapport médical au vu duquel le collège des médecins a émis son avis sur la demande de Mme A, cette dernière ayant souhaité lever le secret relatif aux informations médicales qui la concernent.

Le dossier médical de Mme A a été produit par l'OFII le 5 juin 2024 et communiqué aux parties.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 septembre 2023 de la présidente de la cour administrative d'appel de Paris.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Gibelin, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 1er janvier 1989, entrée en France le 19 février 2020 selon ses déclarations, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 21 mars 2023, le préfet de police de Paris a rejeté sa demande. L'intéressée demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office () peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins. Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office ". Aux termes de l'article 3 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Au vu du certificat médical et des pièces qui l'accompagnent ainsi que des éléments qu'il a recueillis au cours de son examen éventuel, le médecin de l'office établit un rapport médical, conformément au modèle figurant à l'annexe B du présent arrêté ". Aux termes de l'article 5 du même arrêté : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport () ". Aux termes de l'article 6 de cet arrêté : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté () ".

3. Le préfet a produit l'avis du collège des médecins de l'OFII, en date du 9 novembre 2022, relatif à Mme A, qui comporte l'ensemble des mentions obligatoires prévues à l'arrêté du 27 décembre 2016 susvisé et qui permet d'en identifier les auteurs et leurs signatures. Il ressort ainsi des pièces du dossier et en particulier de cet avis et du bordereau de transmission du directeur territorial de l'OFII, dont aucune autre pièce du dossier ne permet de remettre en cause la teneur, que le rapport médical prévu à l'article R. 425-11 précité a été établi le 10 octobre 2022 par un médecin du service médical dudit office, et que ce rapport a été transmis au collège des médecins de l'OFII où il n'a pas siégé. Par ailleurs, l'avis du collège des médecins porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège des médecins de l'office. Le requérant ne produit aucun commencement de preuve de ce que les médecins n'auraient pas délibéré de façon collégiale conformément à la mention figurant sur cet avis. Par ailleurs, à supposer le moyen tiré d'un défaut de communication de tels éléments soulevé, aucune disposition législative ou réglementaire n'exige une communication des informations, bases de données et sources sur lesquelles s'est fondé le collège pour prendre son avis. Enfin, par une décision du 3 octobre 2022, publiée sur le site internet de l'OFII, le directeur général de l'Office a désigné les docteurs Tretout, Candillier et Lancino, signataires de l'avis litigieux, pour participer au collège des médecins à compétence nationale de l'OFII. Mme A n'est donc pas fondée à soutenir que l'avis aurait été émis par des médecins incompétents à défaut d'avoir été régulièrement désignés. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet, qui indique expressément avoir procédé à un examen approfondi de la situation de Mme A, se serait cru en situation de compétence liée. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".

6. En vertu des dispositions citées au point précédent, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont l'avis est requis préalablement à la décision du préfet relative à la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 425-9, doit émettre son avis dans les conditions fixées par l'arrêté du 27 décembre 2016 précité, au vu notamment du rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.

7. En l'espèce, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police de Paris, qui s'est notamment fondé sur l'avis du collège des médecins de l'OFII du 9 novembre 2022, a estimé que l'état de santé de la requérante nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'elle peut voyager sans risque vers celui-ci. Mme A, qui souffre d'une infection au VIH, produit un certificat médical du 11 octobre 2023 se bornant à indiquer que sa maladie " nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'elle ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans le pays dont elle est originaire ". Si la requérante se prévaut de ce document faisant état d'un traitement par Truvada, Norvir et Darunavir, au demeurant débuté en juillet 2023 postérieurement à la date de la décision, il ressort des pièces du dossier, en particulier de la liste des médicaments enregistrés établie par l'Autorité ivoirienne de régulation pharmaceutique, que ces traitements sont disponibles en Côte d'Ivoire. Il en va de même de son traitement à la date de la décision attaquée, qui incluait outre le Truvada et le Norvir le Prezista. Par ailleurs, si ces médicaments ne figurent pas sur la liste des médicaments pris en charge par la couverture maladie universelle (CMU) en Côte d'Ivoire, Mme A n'établit pas qu'elle ne pourrait pas y avoir effectivement accès par la seule production d'articles et de rapports faisant état d'insuffisances du système de santé ivoirien, alors qu'il ressort également de ces documents que la Côte d'Ivoire a mis en place dès 2014 un programme national de lutte contre le sida (PNLS) et que la prise en charge des personnes vivant avec le VIH est gratuite ainsi que le rappelle notamment le rapport de l'Organisation mondiale de la santé relatif à la stratégie de coopération pour la période 2016-2020. Enfin, il ressort des déclarations de la directrice " pays " de l'Onusida en Côte d'Ivoire citées par le préfet et relatées dans un article relatif à la prise en charge des personnes infectées par le VIH dans ce pays que " 97% des personnes qui connaissent leur statut reçoivent un traitement antirétroviral ". Dans ces conditions, eu égard aux termes de ces documents, aucune des pièces versées au dossier ne permet d'infirmer l'appréciation portée par le préfet, fondée sur l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnait l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, si Mme A a déclaré être enceinte et que son concubin, compatriote dont il n'est pas établi qu'il serait en situation régulière, réside en France, elle est entrée récemment sur le territoire français, ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle et a également déclaré que ses deux enfants mineurs nés en 2011 et 2014 résidaient en Côte d'Ivoire. Dans ces conditions et eu égard à ce qui a été précédemment exposé au point 7, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle. Ce moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme A tendant à l'annulation de la décision du préfet de police de Paris du 21 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Angliviel et au préfet de police de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dely, présidente,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

I. Dely

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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