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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401338

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401338

mardi 20 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401338
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPANARELLI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 16 février 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. E B C, alors retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet du Val d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val d'Oise de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un réexamen de sa situation administrative

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2024, le préfet du Val d'Oise, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. B C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Mathou pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique 20 février 2024 :

- le rapport de Mme Mathou ;

- les observations de Me Panarelli, représentant M. B C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- les observations de M. B C, assisté de Mme F, interprète en langue portugaise ;

- le préfet du Val d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant cap-verdien né le 12 avril 1995 à Lisbonne, est entré sur le territoire français en 2019 avec un titre de séjour portugais selon ses déclarations. Par un arrêté du 13 février 2024, le préfet du Val d'Oise, l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. B C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé par M. D A, adjoint au chef du bureau du contentieux et de l'éloignement, qui dispose d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet du Val-d'Oise n°23-071 du 22 décembre 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département pour signer les décisions portant assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté en litige visent les textes dont il est fait application, exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B C, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, pour fixer le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Dès lors, ces arrêtés comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation et, pour le même motif, le moyen tiré du défaut d'examen particulier et sérieux de sa demande, ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Le droit d'être entendu implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

5. En l'espèce, le requérant a été entendu à plusieurs reprises par les services de police, et a fait l'objet d'une procédure contradictoire le 22 août 2023, dans le cadre de la première mesure d'éloignement prise à son encontre. Il a pu alors s'exprimer et notamment faire état de la présence de ses deux filles en France. En tout état de cause, il se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. M. B C, qui est entré sur le territoire français en 2019, se prévaut de la présence en France de ses deux filles mineures. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, incarcéré pour des faits graves, a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales antérieures, notamment, le 23 mars 2021, pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et violence sur un ancien conjoint et, le 15 avril 2019, pour des faits de dégradation d'un bien et de violence aggravée. M. B C représente ainsi une menace pour l'ordre public, ainsi que l'a relevé le préfet. Par ailleurs, il n'apporte aucune pièce tendant à établir qu'il contribuerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux filles, la production de photographies et d'une attestation de son actuelle compagne, qui n'est pas la mère des enfants, étant insuffisante pour établir sa contribution effective auprès de ses deux filles. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, et en dépit de la présence de ses enfants en France, le préfet du Val d'Oise n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

9. En second lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision en litige sur la situation de l'intéressé ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté.

11. En second lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Par ailleurs, si le requérant a indiqué, à l'oral, que le préfet aurait dû fixer le Portugal comme pays de destination, il ressort des pièces du dossier que le Portugal, pays dans lequel il est né, lui a retiré son titre de séjour à la suite de son séjour en France, et a refusé que l'intéressé lui soit remis.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision lui interdisant le retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la mesure d'éloignement doit être écarté

13. En second lieu, eu égard aux circonstances indiquées au point 7 du présent jugement, M. B C ne peut se prévaloir de l'existence de circonstances humanitaires alors qu'il constitue une menace à l'ordre public, et qu'il ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Par suite, le préfet de l'Essonne a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux années.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B C tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet du Val d'Oise du 13 février 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. B C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B C et au préfet du Val d'Oise.

Lu en audience publique le 20 février 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. Mathou Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet du Val d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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