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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401358

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401358

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSCP BROCHARD ET DESPORTES (BCD)

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 février 2024, M. A E B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 janvier 2024 par lequel le préfet de l'Essonne lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire sous astreinte dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement, à défaut de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et de lui délivrer durant cette attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat les frais irrépétibles sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il est atteint d'une grave pathologie mal soignée en Ukraine ;

- elle méconnait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il est arrivé en France en mai 2005 accompagné de son fils ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a des attaches privées et familiales en France ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits des enfants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle repose sur une décision portant refus de titre de séjour elle-même illégale ;

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en raison de son état de santé ;

- elle méconnait le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il est arrivé en France en mai 2005 accompagné de son fils ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il a des attaches privées et familiales en France ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits des enfants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article L. 512-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article L. 511-1 II-1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits des enfants.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 mars 2024, la préfète de l'Essonne a conclu au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens opposés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 22 mars 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière d'audience, le rapport de M. Fraisseix qui a informé les parties, en application des articles R. 611-7 et R. 776-25 du code de justice administrative que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français, portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination non édictées dans l'arrêté attaqué.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E B, ressortissant pakistanais né le 10 mars 2003, s'est vu opposer un refus de délivrance d'un titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français sans délai par le préfet de l'Essonne le 14 décembre 2023. L'article 5 de cet arrêté informait le requérant qu'il pourrait faire l'objet d'une décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français à l'expiration du délai de trente jours qui lui était imparti pour respecter l'obligation de quitter le territoire français en cause. Le courrier envoyé en recommandé avec accusé de réception le 14 décembre 2023 est revenu en préfecture avec la mention " pli avisé non réclamé ". En outre, M. B a fait l'objet le 28 septembre 2023 d'une condamnation à un an d'emprisonnement avec sursis pour agression sexuelle. Par arrêté du 29 janvier 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français, portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :

2. Il est constant que l'arrêté querellé fait exclusivement interdiction à M. B d'un retour sur le territoire français durant une période de deux ans. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français, portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination sont irrecevables et doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D C, directeur de l'immigration et de l'intégration, ayant reçu délégation du préfet du département de l'Essonne par un arrêté n°2023-PREF-DCPPAT-BCA-163 du 7 septembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État dans le département, à l'effet de le signer. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans vise les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé présente une menace pour l'ordre public. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. B n'établit par aucune pièce probante versée aux débats disposer d'attaches personnelle ou familiale en France. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas entaché d'une erreur manifeste quant à l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. B.

7. En dernier lieu, M. B étant célibataire sans enfant à charge en France, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Essonne du 29 janvier 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E B et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. Fraisseix

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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