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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401370

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401370

lundi 19 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401370
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPIERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 février 2024, M. B A, représenté par Me Pierrot, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'ordonnance à venir, de prendre une décision sur sa demande de délivrance de titre de séjour ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761- 1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il est entré en France le 24 octobre 2001 et y réside depuis ; il est père de deux enfants français et bien que séparé de leur mère, il contribue à leur entretien et leur éducation ; il a sollicité un titre de séjour mention " salarié " le 18 février 2020, rejeté par arrêté du préfet de l'Essonne le 21 janvier 2021 et l'obligeant à quitter le territoire national ; par jugement n° 2101152 du 3 juin 2021, le tribunal administratif de Versailles a annulé cette décision et enjoint au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois ; il a été mis en possession de récépissés de demande de carte de séjour d'une durée de trois mois successivement renouvelés depuis le 15 juillet 2021 ; le dernier est valable du 6 février 2024 au 5 mai 2024 ;

- l'urgence tient au maintien de sa situation irrégulière et au risque d'interpellation et d'éloignement ; les rendez-vous de renouvellement de récépissé ne sont ouverts que sur des plages horaires restreintes en journée ne qui lui pose des difficultés quant à son activité professionnelle de vendeur ; il ne peut quitter l'Ile-de-France pendant une durée supérieure à deux mois et vingt-neuf jours ;

- la mesure est utile compte tenu de sa demande en bonne et due forme titre de séjour ; en janvier 2022, il s'est vu indiquer par mail que son dossier avait été validé ;

- sa demande ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant malien né le 20 octobre 1975, est entré en France le 24 octobre 2001 et y réside depuis. Il a sollicité un titre de séjour mention " salarié " le 18 février 2020, rejeté par arrêté du préfet de l'Essonne le 21 janvier 2021 et l'obligeant à quitter le territoire national. Par jugement n° 2101152 du 3 juin 2021, le tribunal administratif de Versailles a annulé cette décision en enjoignant au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois. M. A a alors été mis en possession de récépissés de demande de carte de séjour d'une durée de trois mois successivement renouvelés depuis le 15 juillet 2021, le dernier étant valable du 6 février 2024 au 5 mai 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de l'Essonne de prendre une décision sur sa demande de délivrance de titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". L'article L. 522-3 du même code dispose que : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 523-1, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous ou une décision. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Il résulte de l'instruction qu'eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour, en l'absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Essonne a mis en place une nouvelle procédure, à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte " démarches simplifiées " sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l'ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.

7. Il résulte également de l'instruction que M. A dispose d'un récépissé de demande de titre de séjour valable du 6 février 2024 au 5 mai 2024. Le requérant qui, pour justifier l'urgence à obtenir une mesure du juge des référés, se borne à se prévaloir de ce que son droit au dépôt de sa demande de titre de séjour est nié au préjudice de son droit au respect de sa vie privée et familiale et qu'il se trouve de ce fait maintenu dans une situation précaire anormalement longue, ne justifie ainsi d'aucune circonstance particulière au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, de la date et du fondement de sa demande de titre de séjour ou de sa situation personnelle et familiale, impliquant que sa demande de titre de séjour soit examinée prioritairement par rapport à celle d'autres ressortissants étrangers se trouvant dans la même situation ou permettant de caractériser une situation d'urgence nécessitant une décision à bref délai sur sa demande de titre de séjour. Par ailleurs, il n'apporte aucune précision sur les raisons pour lesquelles il s'est abstenu de toute tentative de régularisation de sa situation depuis la date de son entrée sur le territoire en 2001. Enfin, si M. A soutient qu'il justifie de circonstances particulières en ce que les rendez-vous de renouvellement de récépissé ne sont ouverts que sur des plages horaires restreintes ce qui complique l'exercice de son métier de vendeur et qu'il ne peut se déplacer en dehors de l'Ile-de-France pour une durée supérieure à deux mois et vingt-neuf jours, ces circonstances ne sont pas davantage de nature à caractériser une situation d'urgence nécessitant une décision à bref délai sur sa demande de titre de séjour. Ainsi, et alors même que le requérant ne bénéficie pas de la présomption d'urgence mentionnée au point 4 du présent jugement, la condition d'urgence à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée ne peut être regardée comme remplie. Ainsi en l'absence d'urgence justifiée, la demande présentée par M. A ne peut qu'être rejetée.

8. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de M. A sur le fondement de l'article L. 522-3 du code de justice administrative. L'Etat n'étant pas la partie perdante à l'instance, les conclusions de M. A présentées au titre des frais qu'il a exposés non compris dans les dépens ne peuvent qu'être écartées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 19 février 2024.

Le juge des référés,

Signé

P. Fraisseix

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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