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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401425

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401425

mardi 4 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401425
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantGRIOLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février et 29 avril 2024, M. D B, représenté par Me Griolet, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 janvier 2024 par lesquelles le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L761-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence faute de justification de la délégation de signature donnée à son auteur ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- il ne saurait lui être reproché aucune fraude et ses quatre années d'exercice d'activité professionnelle auprès de la société Elior auraient dû être prises en compte par le préfet ;

- il ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais relatif à la gestion concertée des flux migratoires entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord signé à Dakar le 25 février 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bartnicki ;

- et les observations de Me De Gressot, substituant Me Griolet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant sénégalais, né le 27 mars 1985, est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 25 novembre 2014. Il a sollicité, le 28 juin 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 janvier 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2024-01-29-00002 du 29 janvier 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à M. A C, directeur des migrations, à l'effet de signer les arrêtés tels que celui en litige. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet des Yvelines ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation personnelle de M. B

4. En troisième lieu, aux termes aux termes du paragraphe 42 de l'article 4 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006, dans sa rédaction issue de l'avenant signé le 25 février 2008 : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : - soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail ; / - soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels. () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à ''article L. 412-1 () ".

5. Les stipulations du paragraphe 42 précité renvoyant à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 de ce code.

6. En l'espèce, pour rejeter la demande de délivrance de titre de séjour déposée sur ce fondement, le préfet des Yvelines a notamment pris en considération la circonstance que si l'intéressé produisait, d'une part, une demande d'autorisation de travail établie le 25 mai 2022 par la société Elior pour un emploi de plongeur dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à temps complet conclu le 2 février 2023 et, d'autre part, une attestation de concordance établie le 25 mai 2022 par cette même société pour justifier d'une activité salariée sous une autre identité du 07 juillet 2018 au 31 août 2021 et les bulletins de paie afférents, la fraude était toutefois insusceptible d'être créatrice de droits. Le préfet des Yvelines s'est également fondé sur la circonstance tirée de ce que M. B, qui ne justifie pas de l'ancienneté de séjour en France dont il se prévaut depuis novembre 2014, est célibataire et sans charge de famille en France et qu'il n'est par ailleurs pas dépourvu d'attaches au Sénégal où demeurent sa mère et ses frères.

7. D'une part, si M. B soutient qu'il justifie de son ancienneté de son séjour en France depuis novembre 2014, les pièces produites, sous forme pour l'essentiel de relevés de livret A, de documents médicaux, de copie de carte individuelle d'admission à l'aide médicale de l'État ainsi que d'avis de non-imposition sur les revenus des années 2017 à 2019, sont toutefois insuffisants en nombre pour justifier d'une présence continue en France depuis neuf ans et à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet quant à la durée de son séjour en France qui ne peut être regardée comme établie qu'à compter au plus tôt de juillet 2018.

8. D'autre part, même si l'intéressé peut ainsi se prévaloir d'une ancienneté de séjour en France non contestée par le préfet depuis juillet 2018, soit de près de six années à la date de l'arrêté attaqué et de l'exercice d'une activité professionnelle sur quatre années, ces circonstances ne sauraient toutefois, être regardées comme justifiant son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail et sans qu'importe la circonstance que le préfet des Yvelines ait relevé à titre surabondant dans l'arrêté attaqué que la fraude n'était pas susceptible d'être créatrice de droit. En outre, l'intéressé ne produit aucune autre pièce produite de nature à attester d'une intégration particulière à la société française, autre que l'insertion professionnelle dont il se prévaut. Enfin, s'il justifie de la présence régulière en France de l'un de ses frères et de plusieurs oncles, tantes et cousins, il ne produit aucun élément caractérisant la réalité et l'intensité de leurs liens. Dans ces conditions, alors que l'intéressé est célibataire sans charge de famille en France et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où demeurent sa mère et le reste de sa fratrie, le moyen tiré de ce que le préfet des Yvelines aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut également qu'être écarté.

9. En dernier lieu, si M. B soutient que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ne fait état d'aucun élément et ne produit aucune pièce au soutien de cette allégation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié M. D B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 21 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Bartnicki, première conseillère,

Mme Ghiandoni, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

A. Bartnicki

Le président,

Signé

P. Ouardes La greffière,

Signé

V. Retby

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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