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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401547

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401547

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401547
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantVELASCO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 février 2024, Mme B F, représentée par Me Velasco, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a décidé qu'à l'expiration de ce délai, elle pourrait être reconduite d'office à la frontière à destination du pays dont elle a la nationalité, ou de tout autre pays dans lequel elle établirait être légalement admissible ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

- il est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre :

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son état de santé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code des relations entre le public et l'administration,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rivet,

- et les observations de Me Velasco, représentant Mme F ;

Considérant ce qui suit :

1. Mme B F, ressortissante congolaise (République démocratique du Congo), née le 27 juillet 1995, qui déclare être entrée en France le 5 mars 2020, a sollicité son admission au bénéfice de l'asile le 10 juin 2020 dans le cadre des dispositions des articles L.424-9 et L.424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 17 mars 2023, elle a sollicité son admission au séjour dans le cadre des dispositions des articles L.425-9 du même code. Par un arrêté du 17 janvier 2024, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Mme F demande l'annulation de cet arrêté, et qu'il soit enjoint au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou à défaut de réexaminer sa situation.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3.Il ressort des pièces du dossier que Mme F a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué à la date du présent jugement. Par suite, il y a lieu de l'admettre d'office, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2023-10-12-00001 du 12 octobre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines le même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation à M. D G, directeur des migrations, à l'effet de signer les arrêtés tels que celui en litige, et en son absence, à M. H E, chef du bureau de l'asile. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire manque en fait et doit être écarté.

5. En second lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquelles il est fondé, expose la situation privée et familiale de Mme F et énonce de façon précise les circonstances de droit et de fait pour lesquelles il ne remplit pas les conditions pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L.424-9, L.424-1 et L.425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et doit quitter le territoire français à destination de son pays d'origine. L'arrêté attaqué examine également la situation personnelle de l'intéressée au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, l'arrêté du 17 janvier 2024 satisfait aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Pour les mêmes motifs, le préfet des Yvelines n'a pas entaché son arrêté d'un défaut d'examen sérieux de la situation de Mme F. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent par suite être écartés.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. (). "

7. Pour rejeter la demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade présentée par Mme F, le préfet des Yvelines s'est fondé sur l'avis du 10 août 2023, émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont il s'est approprié les termes et le sens, indiquant que si l'état de santé de Mme F nécessite une prise en charge et que son défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il existe toutefois un traitement approprié et effectif dans son pays d'origine à destination duquel elle pouvait voyager sans risque. Mme F produit à l'appui de sa requête, un certificat médical du Dr C, praticienne à l'AP-HP, daté du 18 octobre 2022, qui atteste suivre régulièrement la requérante " pour une maladie potentiellement sévère depuis juin 2020 " et que cette maladie " nécessite une prise en charge au long cours qui n'est pas disponible dans son pays d'origine, dont tout arrêt entraînerait inévitablement des conséquences graves sur son état de santé ". Toutefois, ce certificat est très insuffisamment circonstancié pour contredire l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Mme F, qui se borne à produire divers rapports décrivant les difficultés du système de soins de RDC n'établit pas davantage que le traitement qu'elle suit ne serait pas disponible dans son pays d'origine. Par suite, Mme F n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et de droit d'asile ni qu'il aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour en qualité d'étranger malade.

8. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Mme F, qui déclare être présente en France depuis trois ans, ne produit cependant à l'appui de sa requête aucune preuve de son intégration sociale ou professionnelle. L'intéressée, qui est célibataire,n'établit ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales à l'étranger et particulier dans son pays d'origine. Si elle fait valoir la naissance de son enfant A F le 12 août 2021 à Mantes La jolie, la seule circonstance d'être parent d'un enfant né sur le territoire français ne donne aucun droit au séjour. Dans ces conditions, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a refusé d'admettre Mme F au séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

11. Dès lors que Mme F déclare élever seule son fils A né le 12 août 2021, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine de Mme F. Dès lors, la décision attaquée ne peut être regardée comme étant intervenue sans prise en compte de l'intérêt supérieur de l'enfant de l'intéressée. Le moyen tiré du non-respect des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit donc être écarté.

12. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Il ressort des pièces du dossier que Mme F est célibataire, avec un enfant à charge dont l'identité du père est inconnue et en tout état de cause, dont il n'est pas établi que ce dernier interviendrait dans l'éducation de l'enfant ou entretiendrait des liens avec ce dernier. En l'absence d'insertion professionnelle ou sociale, Mme F n'établit pas avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et moraux en France. Elle n'établit pas davantage ni même n'allègue être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de l'Essonne n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme F une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée l'obligeant à quitter le territoire français. Il n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 janvier 2024 par laquelle le préfet des Yvelines a décidé d'obliger Mme F à quitter le territoire doivent être rejetées.

En ce qui concerne le pays de destination :

14. Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. Mme F n'établit pas les menaces qui pèseraient sur elle en cas de retour en République démocratique du Congo. Il ressort d'ailleurs des termes de l'arrêté attaqué que son recours formé contre la décision de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides du 27 août 2021 a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 4 mai 2022. Par suite, à supposer ce moyen soulevé, elle n'est pas fondée à soutenir que le préfet des Yvelines a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme F doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme F est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F, au préfet des Yvelines et à Me Velasco.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2024, à laquelle siégeaient :

M. Féral, président,

Mme Rivet, première conseillère,

M. Gibelin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition du greffe le 17 juin 2024.

La rapporteure,

signé

S. Rivet

Le président,

signé

R. Féral

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet de Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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