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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401579

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401579

lundi 22 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401579
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 22 février 2024, la présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 20 février 2024 au tribunal administratif de Montreuil, M. A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un réexamen de sa situation administrative ainsi qu'à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen qui assortit la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-il a subi une agression il y a cinq mois et son état appelle des soins hospitaliers, une intervention chirurgicale étant prévue pour le 18 mars 2024.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui a produit un mémoire en défense enregistré le 29 mars 2024 postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 mars 2024 :

- le rapport de Mme D, en présence de Mme C, interprète ;

- les observations de Me Mir, représentant M. A, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et fait valoir en outre que le requérant est présent sur le sol français depuis près de 10 ans, qu'il est soigné pour une épilepsie, pratique une activité professionnelle et que la durée de trois ans d'interdiction est disproportionnée ;

-le préfet n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit

1. M. A, ressortissant algérien né le 22 mai 1992, est entré en France en 2015 selon ses déclarations. Sa demande d'admission au séjour en France présentée sur le fondement des stipulations de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco algérien du 27 décembre 1968 modifié a donné lieu à une décision de rejet du préfet de l'Essonne le 13 mars 2016 assortie d'une décision portant obligation de quitter le territoire à laquelle il s'est soustrait. Il a été interpellé pour des faits de vol alors qu'il était dépourvu de titre de séjour. Par un arrêté du l'arrêté du 18 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ()

3. En l'espèce, M. A n'a pas établi être entré régulièrement en France. Il ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour ni même avoir sollicité la régularisation de sa situation après le rejet le 13 mars 2019 de sa demande de titre de séjour formée sur le fondement des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié. Ainsi il entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français.

4. En deuxième lieu, si M. A fait état d'une épilepsie symptomatique nécessitant un suivi neurologique régulier, aucune des pièces médicales versées au dossier, lesquelles ont été établies pour deux d'entre elles en 2017 et 2018, et la dernière, consistant en une fiche individuelle d'entrée en spécialité chirurgie tête et cou au centre hospitalier de Saint-Denis le 8 février 2024, n'apparaît de nature à établir, d'une part, que son état de santé nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et, d'autre part, qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation des stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ()

7.Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui soutient être entré en France en 2015, ne justifie d'aucune insertion professionnelle ou sociale pas plus que de l'intensité de liens familiaux entretenus sur le territoire Par suite, en prenant la décision attaquée, le préfet des Yvelines n'a pas portée une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

9. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

10. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie d'aucune insertion professionnelle et sociale sur le territoire depuis son entrée en 2015 selon ses déclarations et n'établit pas davantage y entretenir des liens familiaux. Par ailleurs, il ne conteste pas avoir été interpellé pour des faits de vol simple et s'être soustrait à une précédente mesure d'éloignement. Par suite, en fixant à 24 mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

M. D Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401579

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