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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401608

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401608

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMARTIN-PIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 février 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. C D, représenté par Me Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2024 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation de séjour, dès la notification du jugement à intervenir, et de procéder à un réexamen de sa situation administrative dans le délai de deux mois sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet et circonstancié de sa situation personnelle, le préfet se bornant à examiner sa situation dans le cadre d'une audition par les services B ;

- elle a été prise en méconnaissance du droit à être préalablement entendu consacré par les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, dès lors qu'à aucun moment il n'a été prévenu de l'éventualité d'une mesure d'éloignement alors qu'il aurait pu disposer d'éléments de nature à influer sur son sens ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle en ce qu'il exerce le métier d'employé polyvalent depuis plus de deux ans sur le territoire et remplit pleinement les conditions de régularisation en qualité de salarié tant au regard des critères issus de la loi de janvier 2024 que de la circulaire Valls de 2012 ; il travaille dans un domaine d'activité en tension et a toujours pu travailler de manière déclarée depuis son arrivée en France ;

- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale dès lors notamment qu'il n'a jamais fait parler de lui défavorablement depuis son arrivée en France il y a quatre années, maîtrise la langue française, et témoigne d'une réelle volonté d'intégration.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 20 mars 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience ;

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Martin-Pigeon, représentant M D, non présent, en présence de Mme A, interprète en langue tamoule, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur la durée de quatre années de résidence continue passée sur le sol français et les deux ans d'expérience professionnelle à temps complet justifiées par les pièces du dosssier,

-le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sri lankais né le 27 janvier 1990 à Jaffna, est entré sur le territoire français au mois de janvier 2020 selon ses déclarations sans être en possession des documents exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a été mis en possession le 28 juin 2021 d'une attestation de demande d'asile par le préfet de la Seine-Saint-Denis. Par une décision du 16 mars 2022 devenue définitive, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande et le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours par une décision du 7 juillet 2022 à laquelle il s'est soustrait. Par une décision du 22 février 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M D, ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, fixer le pays de renvoi et lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an. Dès lors, cet arrêté, qui énonce notamment que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire à laquelle il s'est soustrait et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales dans le pays dont il est le ressortissant, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D avant de prendre sa décision. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

4. En l'espèce, il ressort du procès-verbal dressé le 22 février 2024 par le brigadier-chef B en fonction à Saint-Cyr l'Ecole ayant procédé à l'audition du requérant que l'intéressé a été expressément informé de ce qu'il était susceptible d'être renvoyé dans son pays d'origine et invité à présenter ses observations sur ce point. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que M. E, qui a été interrogé lors de son interpellation sur sa situation familiale, ses moyens de subsistance ainsi que sur son emploi au sein de l'épicerie Vishnu, aurait par le passé sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

5. En troisième lieu, Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

6. En l'espèce, et ainsi qu'il a été dit au point 1 du présent jugement, la demande d'asile de M. D a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. En outre, le requérant, qui s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis, ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, il entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré sur le sol français en 2020 et qui a reconnu lors de son audition ne posséder aucun lien de famille sur le territoire français, verse au dossier un contrat de travail à durée indéterminée, dont au demeurant la date de signature ne coïncide pas avec les déclarations du requérant, en qualité d'employé polyvalent, puis un avenant à ce contrat le promouvant à l'emploi d'adjoint responsable du magasin, consenti par l'entreprise de commerce alimentaire Vishnu 24. Toutefois, ces éléments ne peuvent à eux seuls être regardés dans les circonstances de l'espèce comme justifiant d'une insertion familiale ou professionnelle suffisamment intense et significative sur le sol français. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, la décision du préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté. Enfin, il est constant que le requérant n'a pas sollicité la régularisation de sa situation en qualité de salarié sur le fondement des dispositions nouvelles de l'article L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il satisferait à ses conditions ne peut qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

10. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

11. En l'espèce, M. D, dont la famille réside au Sri Lanka, ne justifie d'aucune circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à l'interdiction de retour prononcée par le préfet. Dans les circonstances de l'espèce, compte tenu de la durée de sa présence sur le sol français et de l'existence d'une précédente mesure d'éloignement, la durée de cette interdiction, limitée à une année, ne peut être tenue pour entachée d'une erreur d'appréciation.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce comprises celle présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. F La greffière,

signé

L. ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au Préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401608

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