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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401673

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401673

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantMARTIN-PIGEON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 février et 5 avril 2024, M. C B, représenté par Me Marine Martin-Pigeon, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 janvier 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé le renouvellement de son titre de séjour, a procédé au retrait de son titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation, et dans tous les cas, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dès notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est signée d'une autorité incompétente ;

- la décision de retrait de titre de séjour est insuffisamment motivée ; sa situation personnelle n'a pas été examinée ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- l'avis rendu par la commission du titre de séjour est illégal car elle n'a pas eu connaissance de la procédure judiciaire ;

- la décision méconnaît l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il ne représente pas une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît les articles L. 423-10, L. 423-7 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ; elle méconnaît les articles 3 de la convention internationale des droits de l'enfant et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mars 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère,

- et les observations de Me Martin Pigeon, représentant M. B.

M. B a produit une note en délibéré, enregistrée le 7 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant camerounais né en 1981, est entré en France en mai 2004. Il a bénéficié d'une carte de séjour temporaire valable du 29 juin 2018 au 28 juin 2019, puis de deux cartes de séjour pluriannuelles valables du 1er juillet 2020 au 30 juin 2024 en qualité de parent d'enfant français. Par une décision du 25 janvier 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet des Yvelines a procédé au retrait du titre de séjour de M. B, lui a refusé le renouvellement de ce titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

2. En premier lieu, par un arrêté n°78-2023-08-20-00004 du 24 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n°78-2023-242 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. Victor Devouge, secrétaire général des Yvelines, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté attaqué. Par suite, ce moyen, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, d'une part, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont elle fait application. Elle mentionne par ailleurs avec suffisamment de précisions les éléments de la situation personnelle de M. B sur lesquels elle se fonde. La décision indique ainsi la situation familiale du requérant, les faits de violence familiale dont il s'est rendu coupable, l'avis défavorable de la commission du titre de séjour et souligne qu'il ne justifie pas d'une prise en charge matérielle et morale de son enfant français. Contrairement à ce que soutient M. B, ces considérations sont suffisamment développées pour le mettre utilement en mesure de discuter les motifs de la décision de retrait et de refus de renouvellement de titre de séjour et le juge d'exercer son contrôle. Elle est, par suite, suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisance d'examen de la situation personnelle du requérant doit également être écarté.

4. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". L'article L. 613-1 du même code énonce que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

5. Il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la motivation de l'obligation de quitter le territoire français édictée en application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de motivation spécifique.

6. Il résulte de ce qui précède qu'en l'espèce, la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français, prise en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation spécifique.

7. En troisième lieu, la circonstance que la commission du titre de séjour ait rendu son avis le 4 juillet 2023, soit antérieurement à la décision du 21 décembre 2023 rendue par le juge des affaires familiales, décision dont la commission n'a donc pas pu tenir compte, est sans incidence sur la régularité de cet avis, qui au demeurant ne lie pas le préfet.

8. En quatrième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ". " Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

9. Il ressort des pièces du dossier que, le 17 septembre 2022, M. B a été interpellé pour des faits de violence sur son épouse et son fils mineur A, ce dernier ayant subi une fracture de la paroi interne de l'orbite gauche avec lésion du muscle orbitaire interne. Si le requérant n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale, la procédure judiciaire étant toujours en cours, il a néanmoins reconnu les faits qui doivent donc être regardés comme avérés. Au regard tant de leur nature, que de leur caractère récent à la date de la décision attaquée, et en dépit de leur caractère isolé, ces faits étaient de nature à faire regarder la présence de M. B sur le territoire français comme une menace pour l'ordre public, au sens des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et justifiait le refus de renouvellement du titre de séjour du requérant. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.

10. D'autre part, et en tout état de cause, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. " Aux termes de l'article L. 423-10 du même code : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. () "

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est père de deux enfants français, A né le 1er août 2008 et D née le 27 septembre 2019. Suite aux faits de violence dont il s'est rendu coupable, il a été placé sous contrôle judiciaire, par ordonnance du 19 septembre 2022, avec interdiction pour lui d'entrer en relation avec son épouse et A, interdiction qui a toutefois été levée par une nouvelle ordonnance du 6 mars 2023. Par une décision du 21 décembre 2023, le juge des affaires familiales a confié l'exercice de l'autorité parentale à la mère des enfants, chez qui leur résidence habituelle a été fixée, a reconnu à M. B un droit de visite à l'égard D exclusivement, les samedis des semaines impaires, et enfin a fixé à 220 euros par mois le montant de la pension due par M. B à l'égard de son ex épouse. Si M. B verse effectivement cette pension alimentaire depuis novembre 2023, il n'établit en revanche pas faire usage de son droit de visite à l'égard D ni même entretenir des liens réguliers avec elle depuis sa séparation d'avec son épouse. Compte tenu de l'ensemble de ces circonstances, le requérant ne peut donc être regardé comme contribuant effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dès lors, le préfet a pu, sans méconnaître les dispositions rappelées au point précédent, lui refuser le renouvellement de son titre de séjour.

12. En cinquième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () "

13. Il est constant que M. B a demandé le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait entendu également solliciter son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Par suite, et dès lors que le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office la possibilité d'admettre au séjour l'intéressé sur ce dernier fondement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 doit être écarté comme inopérant.

14. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " Aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

15. Il ressort des pièces du dossier que M. B est séparé de son épouse et de ses deux enfants. Depuis les violences dont il s'est rendu coupable à son égard, il n'a aucun droit de visite à l'égard de son fils A, et si ce droit existe pour sa fille D, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 11, qu'il entretiendrait avec elle une relation régulière. Dans ces circonstances, et alors que M. B ne se prévaut pas de liens personnels en France autres que celui qui le lie à ses deux enfants, en lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts qu'il a poursuivis. Il n'a donc pas violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de M. B. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 janvier 2024 retirant son titre de séjour, refusant le renouvellement de ce dernier, et lui faisant obligation de quitter le territoire français. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles à fin d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- M. de Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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