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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401720

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401720

mardi 16 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 28 février 2024, M. D C, représenté par Me Baton, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 février 2024 par lequel le préfet de la Seine et Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine et Marne de lui délivrer un titre de séjour, et subsidiairement, de réexaminer sa situation ;

3°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1 000 euros sur le fondement de L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente, faute de production d'une délégation de signature régulière ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- elle est contraire aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2024, le préfet de la Seine et Marne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 avril 2024 :

* le rapport de M. Brumeaux ;

* les observations de Me Rouvet, avocat, substituant Me Haik représentant M. D, absent ; il conclut aux mêmes fins et fait notamment valoir que le requérant a sollicité le 3 octobre 2023 une demande de rendez-vous dans le but d'obtenir un titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle (article L 435-1 du CESEDA). Il réside en France depuis 2012, a épousé une compatriote en situation régulière le 20 août 2016 et il est père de deux enfants nés en 2017 et 2019. Tous ces éléments étaient connus du préfet, comme l'atteste le procès-verbal d'audition versé au dossier.

- le préfet de la Seine et Marne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais, né le 20 juin 1997, est entré sur le territoire français en 2012 selon ses déclarations. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile déposée le 28 novembre 2012, par une décision du 17 septembre 2013, décision qui a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 mai 2014. Il a présenté une demande de réexamen qui a été rejetée par l'OFPRA le 17 septembre 2013 qui a été confirmée par la CNDA le 7 mai 2014. M. D demande l'annulation de cet arrêté. Par un arrêté du 26 février 2024, le préfet de la Seine et Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office

2. Par un arrêté n° 23/BC/129 du 26 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de Seine-et-Marne du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Mme B A, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, pour l'obliger à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté.

4. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union " ; qu'aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () " ;

5. En troisième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal établi le 26 février 2024, signé par M. D, qu'il a été interrogé par les services de police, et qu'il a ainsi pu faire valoir ses observations sur sa situation à l'administration au regard du droit au séjour avant l'adoption et la notification de l'arrêté contesté. En outre il ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle, qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée doit être écarté.

6. Si le requérant soutient que le préfet n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle, il ressort toutefois des pièces du dossier que M. D, interpellé le 28 novembre 2023 pour conduite sans permis a vu situation personnelle examinée lors de l'audition, comme il ressort du procès-verbal d'audition du même jour. S'il fait valoir que le préfet n'a pas tenu compte de sa demande de rendez-vous présentée par internet auprès de la préfecture en vue de son admission exceptionnelle, il ressort du procès-verbal d'audition qu'il n'en avait pas fait état aux services de la gendarmerie.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () "

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition que le requérant est entré en France en 2012 par avion, avec un faux passeport et un visa falsifié et qu'il s'est maintenu dans le territoire français sans être en possession d'un titre de séjour. Enfin comme il a été rappelé au point 1 la demande d'asile de M. D, présentée le 28 novembre 2012 a été définitivement rejetée le 7 mai 2015. Par suite le préfet de la Seine et Marne pouvait légalement fonder la décision portant obligation de quitter le territoire français sur le 1° et le 4° de l'article L. 611-1 précité. Si M. D dit qu'il a déposé le 3 octobre 2023 sur le site " démarches simplifiées " un dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour, ce qui, ne s'agissant pas d'un titre de séjour attribué de plein droit en vertu de la loi, ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative prononce à son encontre une obligation de quitter le territoire français. Dès lors les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation qui auraient été commises par le préfet de la Seine et Marne doivent être écartés

9. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français porterait au droit de M. D au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. S'il fait valoir que son frère de nationalité française réside en France et qu'il est marié avec une compatriote en situation régulière depuis 2016 et que deux enfants sont nés de cette union, ces circonstances ne sont pas de nature à remettre en cause ce qui précède, faute d'établir la communauté de vie avec son épouse et la réalité de sa contribution à l'éducation et à l'entretien des enfants. Le préfet n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de l'intéressé.

11. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant stipule que : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dispositions que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur de l'enfant dans toutes les décisions le concernant.

12. Ainsi qu'il a été dit précédemment, le requérant n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants. Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant l'arrêté litigieux, le préfet de la Seine et Marne aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet de la Seine et Marne du 26 février 2024 doivent être rejetées, ainsi que celles, par voie de conséquence, présentées à fins d'injonction et celles relatives aux frais de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de la Seine et Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

M. Brumeaux Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de la Seine et Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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