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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401735

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401735

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401735
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 27 février et 16 mai 2024, M. A, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 octobre 2023 par laquelle le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois suivant notification du jugement à intervenir, et dans tous les cas de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de 15 jours à compter du jugements à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable, dès lors que la décision ne lui a été notifiée que le 2 février 2024 ;

S'agissant du refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ; sa situation n'a pas fait l'objet d'un examen précis et circonstancié ;

- la commission du titre de séjour n'a pas été saisie, en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est présent en France depuis plus de 10 ans ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 31 mai 2024.

M. A a produit des pièces, le 3 juin 2024, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Fejérdy, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Considérant que M. A, ressortissant congolais né en 1992, soutient être entré en France en 2012. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile. Par une décision du 4 octobre 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de l'Essonne a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur le moyen commun aux deux décisions :

2. La décision attaquée, qui cite les textes applicables et fait état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressé et notamment à sa situation personnelle et professionnelles, énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Elle est donc suffisamment motivée.

Sur les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () "

4. Si M. A fait valoir qu'il est présent en France de manière continue depuis 2012, il ressort en tout état de cause des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, décidée par le préfet du Val-de-Marne, le 28 avril 2016. Dans ces circonstances, le requérant ne pouvant être regardé comme résidant habituellement en France depuis plus de dix ans, le préfet de l'Essonne n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour.

5. En deuxième lieu, M. A, qui a bénéficié d'un titre de séjour entre le 5 septembre 2018 et le 15 décembre 2020, fait valoir son insertion professionnelle. S'il établit avoir travaillé pour plusieurs employeurs depuis octobre 2018, une telle circonstance, eu égard au caractère récent de cette activité et à l'absence de qualification particulière de l'intéressé, ne constitue pas un motif d'admission exceptionnelle au séjour. Par ailleurs, M. A ne conteste pas être célibataire et sans charge de famille et ne pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a toujours résidé avant son arrivée en France. Dans ces conditions, il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, refuser de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A fait état de son intégration sociale et professionnelle en France, il ressort des pièces du dossier qu'il est célibataire et sans charge de famille en France, n'y établit ni liens personnels ni liens familiaux et qu'il n'est pas dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

Sur les conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs qu'indiqués au point 7, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 4 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Il s'ensuit que sa requête doit être rejetée, y compris en ses conclusions à fins d'injonction et tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Ouardes, président,

- Mme Fejérdy, première conseillère,

- M. de Miguel, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

B. Fejérdy

Le président,

Signé

P. Ouardes

La greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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