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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2401900

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2401900

vendredi 5 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2401900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantOUGHCHA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 4 mars 2024 et le 27 mars 2024, M. B A demande au tribunal :

1°) de l'admettre bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 février 2024, par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne d'enregistrer sa demande d'asile sous astreinte de 155 euros par jour de retard, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une erreur de base légale, la préfète ayant fondé la décision de transfert sur l'article 18.1.b du règlement alors que sa demande d'asile en Croatie a fait l'objet d'une décision de refus ;

- l'article 4 du règlement n° 604/2013 a été méconnu dès lors qu'il n'est pas démontré que les brochures prévues à cet article sur le déroulement de la procédure et dans une langue qu'il comprend, lui ont été remises ;

- l'article 5 a été méconnu dès lors qu'il n'est pas démontré qu'un entretien individuel a bien eu lieu de façon confidentielle et en présence d'un interprète dans une langue qu'il comprend ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation eu égard à l'aggravation actuelle de son état de santé ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison du risque de renvoi par ricochet ;

- il a été reconduit à la frontière par les autorités croates sans avoir été mis en mesure de déposer une demande d'asile dans ce pays ;

- son état de santé s'est aggravé en raison des conditions de traversé difficiles sur son parcours migratoire et il souffre actuellement d'une fracture au coude droit pour laquelle il est pris en charge médicalement en France.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 12 mars 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Oughcha, avocat désigné d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre l'article 5 du règlement Dublin III a été méconnu car l'entretien a été effectué sans confidentialité au guichet, que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 17 du même règlement car le requérant souffre d'une tumeur au bras et que l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est méconnu eu égard à son origine kurde et au risque de retour en Turquie ;

- les observations de M. A ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant turc né le 20 août 1980, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 18 janvier 2024, auprès des services du préfet de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que M. A avait franchi irrégulièrement les frontières croates le 19 juin 2023 et sollicité l'asile auprès des autorités croates le même-jour. Saisies d'une demande de reprise en charge de M. A le 24 janvier 2024, les autorités croates ont accepté cette requête, le 3 février 2024, sur le fondement de l'article 20 (5) du règlement (UE) n° 604/2013. Par un arrêté du 19 février 2024, dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-003 du 4 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 91-2024-002 du 8 janvier 2024 de la préfecture de l'Essonne, Mme C E, cheffe du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. L'État membre responsable en vertu du présent règlement est tenu de : / () b) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le demandeur dont la demande est en cours d'examen et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre / () d) reprendre en charge, dans les conditions prévues aux articles 23, 24, 25 et 29, le ressortissant de pays tiers ou l'apatride dont la demande a été rejetée et qui a présenté une demande auprès d'un autre État membre ou qui se trouve, sans titre de séjour, sur le territoire d'un autre État membre () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requête des autorités françaises aux fins de reprise en charge de l'intéressé a été présentée aux autorités croates le 24 janvier 2024 sur le fondement du point b du paragraphe 1 de l'article 18 (18.1-b) du règlement précité, correspondant au cas du demandeur d'asile dont la demande est encore en cours d'examen par l'État responsable. Le requérant fait valoir que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut de base légale dès lors que sa demande d'asile a été rejetée en Croatie. Toutefois, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que sa demande d'asile déposée en Croatie est relativement récente et date du 19 juin 2023, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que celle-ci aurait été rejetée. En tout état de cause, les dispositions du point d du paragraphe 1 de l'article 18 peuvent être substituées à celles du point b du paragraphe 1 de ce même article dès lors qu'une telle substitution de base légale n'aurait pas pour effet de priver l'intéressé d'une garantie au regard notamment de la procédure de reprise en charge prévue par les dispositions précitées, et que l'autorité administrative dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions. Le moyen tiré du défaut de base légale de l'arrêté portant transfert aux autorités croates doit donc être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604-2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est vu délivrer, lors d'un entretien individuel réalisé le 18 janvier 2024, les deux brochures d'information dites " A " (J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande d'asile ') et " B " (Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie '). Ces documents constituent la brochure commune visée au paragraphe 3 de l'article 4 du règlement précité et contiennent l'intégralité des informations prévues au paragraphe 1 de cet article. Il ressort des mentions du résumé de l'entretien individuel signé par M. A que les deux brochures lui ont été remises en langue turque, langue que le requérant a déclaré comprendre, dès le jour de l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant qu'intervienne la décision de transfert litigieuse. Il n'est pas utilement contesté que l'interprète, dont l'identité est renseignée sur le compte rendu d'entretien, et qui était présent lors de l'entretien, était capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui a mené l'entretien individuel et M. A n'a été privé d'aucune garantie de nature à exercer une influence sur le sens de la décision de transfert attaquée. En outre, M. A a certifié sur l'honneur avoir été pleinement informé et n'a pas fait état de la circonstance que les brochures ne lui auraient pas été remises intégralement. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. / 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

10. Aucun principe ni aucune disposition n'impose la mention, sur le résumé de l'entretien individuel prévu à l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de l'identité de l'agent qui a mené l'entretien. En vertu des dispositions combinées des articles L. 521-1 et R. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de l'arrêté du 10 mai 2019 désignant les préfets compétents pour enregistrer les demandes d'asile et déterminer l'État responsable de leur traitement, la préfète de l'Essonne était compétent pour enregistrer la demande d'asile de M. A et procéder à la détermination de l'État membre responsable de l'examen de cette demande. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que le résumé de l'entretien individuel du 18 janvier 2024 est signé par Mme C E, cheffe du bureau de l'asile, dûment habilitée par le préfet de l'Essonne, comporte le tampon de la préfecture ainsi que les initiales de l'agent ayant mené l'entretien, aucun élément du dossier ne conduisant à remettre en doute la qualification de l'agent ayant mené l'entretien. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que les conditions dans lesquelles l'entretien s'est déroulé auraient privé M. A de la possibilité de faire valoir toute observation utile ou n'auraient pas permis d'en assurer la confidentialité. Dans ces conditions, les services du préfet de l'Essonne, et en particulier les agents recevant les étrangers, doivent être regardés comme ayant la qualité, au sens de l'article 5 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien prévu à cet article.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les États membres examinent toute demande de protection internationale présentée par un ressortissant de pays tiers ou par un apatride sur le territoire de l'un quelconque d'entre eux, y compris à la frontière ou dans une zone de transit. La demande est examinée par un seul État membre, qui est celui que les critères énoncés au chapitre III désignent comme responsable. / () ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Enfin, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".

12. Il résulte des dispositions citées au point précédent du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet Etat est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

13. M. A doit être regardé comme faisant valoir que la préfète de l'Essonne aurait dû, en application des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, procéder à l'enregistrement de sa demande d'asile afin qu'elle soit examinée en France, en faisant état de l'aggravation de son état de santé. Toutefois, la circonstance qu'il a subi une fracture du coude durant son parcours migratoire et qu'il a été pris en charge médicalement en France n'est pas, par elle-même, de nature à démontrer qu'en décidant son transfert aux autorités croates, la préfète de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation. À cet égard, si le requérant produit les résultats d'une échographie du bras droit datée du 5 mars 2024 indiquant qu'il présente une tuméfaction indurée à la face interne du bras droit ainsi qu'une attestation du docteur D datée du 7 mars 2024, il n'est toutefois pas démontré qu'il aurait dûment informé la préfète des pathologies dont il est atteint, alors qu'au demeurant, il ne justifie pas de l'imminence d'une éventuelle hospitalisation en France ni n'établit qu'il serait dans l'impossibilité d'accéder à des soins similaires en Croatie. En outre, lors de son entretien individuel, M. A a indiqué que son épouse et ses trois enfants étaient demeurés en Turquie, et n'a pas fait état de liens personnels en France, où sa présence demeure très récente, à l'exception de son oncle, en ne démontrant nullement que sa présence à ses côtés lui serait indispensable, ou réciproquement. Par suite, eu égard à la nature des circonstances invoquées par M. A, celui-ci n'est pas fondé à soutenir que la préfète de l'Essonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. M. A fait valoir qu'en cas d'exécution de la décision de transfert en litige, il existerait un risque de renvoi, par ricochet, en Turquie. Toutefois, le requérant ne précise pas les risques auquel il serait exposé dans son pays d'origine et la lettre de son frère qu'il produit au dossier, n'est pas datée ni assortie d'explications s'agissant tant de son contenu que du contexte l'entourant. Par conséquent, elle doit être regardée comme dépourvue de force probante. Au demeurant, alors que les éléments qu'il produit ne permettent pas d'établir ses allégations relatives à un risque de renvoi en Turquie, l'arrêté contesté de la préfète de l'Essonne n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'intéressé vers son pays d'origine mais seulement de prononcer son transfert en Croatie, État responsable de sa demande d'asile. Enfin, le requérant n'établit pas que la Croatie, au vu de ses engagements internationaux, ne serait pas en mesure de le protéger des risques de courir dans son pays d'origine des traitements inhumains ou dégradants, risques dont il ne justifie en tout état de cause ni de la réalité ni de l'actualité. Dans ces conditions, les moyens tirés d'une méconnaissance des stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doivent être écartés.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 février 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités croates responsables de l'examen de sa demande d'asile. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.

Le magistrat désigné,

signé

P. Fraisseix

La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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