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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402307

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402307

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402307
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantDIAS MARTINS DE PAIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2324996/12-3 du 8 mars 2024, la vice-présidente du tribunal administratif de Paris a transmis le dossier de la requête de Mme A B au tribunal administratif de Versailles, en application des articles R. 312-8 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 18 mars 2024, et par un mémoire complémentaire enregistré le 22 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Dias Martins de Paiva, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de police lui a " refusé la délivrance d'un titre de séjour ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " membre de la famille d'un citoyen de l'Union européenne ", ou " vie privée et familiale ", dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de la convoquer aux fins de dépôt d'un nouveau dossier dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du même code ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mars 2024, le préfet de police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Dias Martins de Paiva, avocat désigné d'office, représentant Mme B, présente, assistée par Mme D interprète en langue portugaise, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante brésilienne née le 24 novembre 1984, est entrée sur le territoire français en 2017, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police le 17 octobre 2023. Par un arrêté du 17 octobre 2023, le préfet de police l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée en cas d'exécution d'office. Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de l'audition de Mme B par les services de la préfecture de police le 17 octobre 2023, que la requérante a fait expressément part de son mariage avec son conjoint de nationalité portugaise, ce dont elle justifie par la production dans l'instance d'un acte de mariage daté du 17 août 2022. Ainsi, en s'abstenant de faire état de sa situation familiale précise, alors que Mme B a aussi exposé avoir déposé le 22 septembre 2023 un dossier de demande de titre de séjour en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne, ce qui a été constaté et vérifié lors de l'audition en cause, le préfet de police a entaché l'arrêté en litige d'un défaut d'examen de la situation personnelle de l'intéressée. Pour ce premier motif, l'arrêté en litige est entaché d'illégalité et doit être annulé.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ". L'article L. 233-2 du même code dispose que : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. Il en va de même pour les ressortissants de pays tiers, conjoints ou descendants directs à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées au 3° de l'article L. 233-1 ". Aux termes de l'article L. 234-1 de ce même code : " Les citoyens de l'Union européenne mentionnés à l'article L. 233-1 qui ont résidé de manière légale et ininterrompue en France pendant les cinq années précédentes acquièrent un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français. Les ressortissants de pays tiers, membres de famille, acquièrent également un droit au séjour permanent sur l'ensemble du territoire français à condition qu'ils aient résidé en France de manière légale et ininterrompue pendant les cinq années précédentes avec le citoyen de l'Union européenne mentionné au premier alinéa. Une carte de séjour d'une durée de validité de dix ans renouvelable de plein droit leur est délivrée. ".

4. D'une part, il résulte de ces dispositions que le ressortissant d'un Etat tiers ne dispose d'un droit au séjour en France en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne que dans la mesure où son conjoint remplit lui-même les conditions, alternatives et non cumulatives, fixées au 1° ou au 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. D'autre part, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la condition relative à l'exercice d'une activité professionnelle en France doit être regardée comme satisfaite si cette activité est réelle et effective, à l'exclusion des activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. La relation de travail est caractérisée par la circonstance qu'une personne accomplit pendant un certain temps, en faveur d'une autre et sous la direction de celle-ci, des prestations en contrepartie desquelles elle touche une rémunération. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des bulletins de salaire de l'époux de la requérante, M. C, ressortissant portugais, relatifs aux mois de juin, septembre, octobre, décembre 2022 et aux mois de février à juin et octobre à décembre 2023, que celui-ci exerce à titre principal la profession d'électricien et a perçu à ce titre des salaires mensuels compris entre 1081 et 2266 euros. Ses déclarations fiscales de revenus font, de plus, état de 35 000 euros de revenus environ au titre de l'année 2020, de 23 000 euros environ au titre de l'année 2021 et de 12 000 euros environ au titre de l'année 2022. En outre, il ressort des pièces du dossier que, quelques jours après l'arrêté en litige, M. C a été recruté dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée le 23 octobre 2023. Par ailleurs, il atteste être auto-entrepreneur depuis le 26 février 2021, pour une activité de mécanique et de réparation automobile, et a déclaré des revenus à ce titre. Les conditions d'activité professionnelle de l'époux de la requérante et les rémunérations qu'il a perçues à raison de l'emploi exercé de mécanicien automobile et d'électricien, ainsi que la pérennité de cette activité, permettent de la regarder comme réelle et effective, et ne pouvant être considérée comme accessoire. Dans ces conditions, l'époux de Mme B satisfaisait, en l'état de l'instruction et à la date de l'arrêté attaqué, à la condition énoncée au 1° de l'article L. 233-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Par suite, Mme B est fondée à soutenir qu'en ne vérifiant pas au préalable si elle pouvait, ou non, prétendre au bénéfice d'un titre de séjour de plein droit, notamment au regard des dispositions citées ci-dessus au point 3, en qualité de conjoint d'un citoyen de l'Union européenne, le préfet de police a, à cet égard aussi, entaché l'arrêté contesté d'un défaut d'examen de sa situation particulière, mais également d'une erreur de droit.

8. Il y a lieu, dès lors, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, d'annuler l'arrêté du préfet de police de Paris en litige, par lequel ce dernier a fait obligation à Mme B de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du même code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. En l'espèce, l'arrêté en litige a été édicté, ainsi que cela a été dit, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et ne comporte pas, contrairement à ce qui est soutenu et aux conclusions de la requérante, de décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour.

11. Par suite, compte-tenu des motifs d'annulation retenus par le présent jugement et des dispositions citées au point 9 ci-dessus, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 octobre 2023, par lequel le préfet de police a obligé Mme B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera renvoyée en cas d'exécution d'office, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de police, ou à tout autre préfet territorialement compétent au regard du lieu de résidence de l'intéressée, de délivrer à Mme B une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402307

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