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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402392

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402392

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantALAGAPIN-GRAILLOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 20 mars et 9 avril 2024, M. B D, représenté par Me Alagapin-Graillot, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 mars 2024 par lesquelles la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- la procédure contradictoire a été méconnue ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de circulation sur le territoire sont entachées d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il bénéficie d'un droit au séjour sur le fondement des articles L. 233-1 et L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elles méconnaissent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Par une ordonnance du 12 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mai 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Rollet-Perraud a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant roumain né en 1992, est, selon ses déclarations, entré en France en 2008. Le 18 mars 2024, il a été interpellé par les services de police pour recel de vol et placé en garde à vue le jour même. Par un arrêté en date du 19 mars 2024, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée d'un an. M. D demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que M. D réside dans le département de l'Essonne. Par suite, la préfète de l'Essonne était bien compétente pour prendre les décisions en litige. D'autre part, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-143 du 2 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme A C, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation de la préfète de l'Essonne pour signer l'arrêté contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, ainsi que les éléments sur lesquels la préfète s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire et pour lui interdire le retour sur le territoire français. Dès lors, ces décisions comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement permettant ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. D.

5. En quatrième lieu, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, M. D ne soutient pas qu'il aurait eu des éléments pertinents à faire valoir qui n'auraient pas été pris en compte par l'arrêté en litige. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit donc être écarté.

6. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ;(). L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

7. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ;() 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet de plusieurs signalements entre 2011 et 2020 pour des faits de cambriolages de locaux industriels, commerciaux ou financiers, de défaut d'assurance, de vol simple, de blessures involontaires avec incapacité n'excédant pas trois mois par un véhicule terrestre à moteur et de délit de fuite. M. D ne conteste pas sérieusement la réalité de ces faits. Par ailleurs, si l'intéressé est père de deux enfants mineurs qui résident en France, les pièces produites à l'instance ne suffisent à justifier ni de la vie commune avec la mère de ces enfants, dont la régularité du séjour en France n'est pas établie, ni qu'il participerait effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dans ces circonstances, quand bien même M. D remplirait l'une des conditions de l'article L. 233-1 précité, la préfète de l'Essonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que le comportement personnel de M. D constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société.

10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Par ailleurs le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de cette même convention n'est pas assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Rollet-Perraud, présidente,

- Mme Milon, première conseillère,

- M. Connin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

C. Rollet-Peraud

L'assesseure la plus ancienne,

Signé

A. MilonLa greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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