vendredi 5 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2402410 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | OUGHCHA |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2402610 du 19 mars 2024, la magistrate désignée par la présidente du tribunal administratif de Lyon a, en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative, transmis au tribunal administratif de Versailles la requête, enregistrée le 15 mars 2024, présentée par M. A.
Par cette requête, M. E A demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans ;
3°) de condamner l'Etat à verser la somme de 1 000 euros à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de sa renonciation à percevoir l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle méconnaît les dispositions les dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est mineur ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son comportement ne représente pas un danger réel et actuel pour l'ordre public ;
- le préfet a commis une erreur de qualification juridique des faits ;
- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du même code dès lors que la préfète du Rhône ne justifie pas les raisons pour lesquelles il existerait un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et revêt un caractère disproportionné dès lors que d'une part, il justifie de circonstances humanitaires étant mineur et ayant rencontré de nombreuses difficultés depuis son arrivée en France, et d'autre part, que son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) l'empêchera d'obtenir un visa et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, la préfète du Rhône a conclu au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens opposés par M. A ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 mars 2024, la préfète de l'Essonne soutient que les moyens opposés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :
- le rapport de M. Fraisseix ;
- les observations de Me Oughcha, avocat désigné d'office représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que le requérant est mineur ;
- les observations de M. A, assisté de Mme G interprète en langue arabe ;
- la préfète du Rhône n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, ressortissant algérien, déclare être né le 24 novembre 2006 et être entré en France au cours de l'année 2021, où il a ensuite été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de l'Essonne et par la STEMO Paris MNA. Le 14 mars 2024, il a été interpellé puis placé en garde à vue pour des faits de vol aggravé et de recel de vol. Suite à un rapport de la cellule d'évaluation de la minorité (CEM) en date du 14 mars 2024 ayant conclu à sa majorité, par des décisions du même jour, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de trois ans. Par un arrêté du 14 mars 2024, l'autorité préfectorale a ordonné le placement de M. A au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry pour une durée de quarante-huit heures. Par une décision du 15 mars 2024, notifiée le 18 mars 2024, la préfète de l'Essonne, l'a assigné à résidence dans le département de l'Essonne pour une durée de quarante-cinq jours. Par ordonnance du 16 mars 2024, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a déclaré irrégulière la décision de placement en rétention administrative, en raison de l'irrégularité de la garde-à-vue et ordonné sa remise en liberté, laquelle a été confirmée par une ordonnance de la cour d'appel de Lyon en date du 18 mars 2024.
Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".
3. M. A, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :
4. Par un arrêté du 30 janvier 2024 publié le lendemain au recueil n° 69-2024-037 des actes administratifs de la préfecture du Rhône, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme D B attachée, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".
6. D'une part, il ressort des termes mêmes de la décision contestée qu'elle est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il ne peut justifier être entré régulièrement en France et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, ce qu'au demeurant le requérant ne conteste pas.
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans () ". Si cette protection ne fait pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise par l'autorité administrative à l'égard d'une personne dont elle estime, au terme de l'examen de sa situation, qu'elle est majeure, alors même qu'elle allèguerait être mineure, elle implique en revanche que, saisi dans le cadre du recours suspensif ouvert contre une telle mesure, le juge administratif se prononce sur la minorité alléguée sauf, en cas de difficulté sérieuse, à ce qu'il saisisse l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle portant sur l'état civil de l'intéressé. Dans l'hypothèse où une instance serait en cours devant le juge des enfants, le juge administratif peut surseoir à statuer si une telle mesure est utile à la bonne administration de la justice. Lorsque le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, il doit profiter à la qualité de mineur de l'intéressé.
8. En outre, pour considérer que M. A n'établissait pas entrer dans la catégorie des étrangers mineurs de dix-huit ans ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vertu des dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance tirée de ce que si l'intéressé déclarait être né le 24 novembre 2006, il avait été considéré comme majeur à l'issue de l'enquête menée par la CEM en date du 14 mars 2024. En outre, il ressort des pièces du dossier, notamment des investigations menées par la cellule d'évaluation de la minorité que M. A, depuis son entrée sur le territoire européen, fait régulièrement évoluer son identités au fil des années en étant Nasredine Madrouh né le 26 novembre 2001 (majeur), Islem Zerghane né le 24 novembre 2005 (majeur), Mohamed Zouatine né le 24 novembre 2005 (majeur), Mouhamed Youssef né le 24 novembre 2007 (mineur), F C né le 24 novembre 2007 (mineur) et Moustafa A né le 24 novembre 2006 (mineur).
9. Par ailleurs, et contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 8 que la protection instituée en faveur de l'étranger mineur de dix-huit ans ne fait pas obstacle à ce que l'autorité préfectorale édicte une mesure d'éloignement à l'encontre d'une personne dont elle estime qu'elle est majeure après avoir procédé à l'examen de sa situation, de sorte que la préfète du Rhône, qui a procédé à un tel examen s'agissant de la situation de M. A, n'était pas tenue de saisir l'autorité judiciaire préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige alors même que l'intéressé alléguait être mineur.
10. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en prononçant à son encontre une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'est pas établi qu'il était mineur à la date du 14 mars 2024, la préfète du Rhône aurait commis une erreur de droit ou méconnu les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En second lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A préalablement à leur édiction. à cet égard, il ressort de la lecture des décisions en litige que l'autorité préfectorale s'est notamment fondée sur le rapport de la cellule d'évaluation de minorité (CEM) du 14 mars 2024 ayant conclu à cette majorité, ainsi que sur le procès-verbal de l'interpellation de M. A du même jour, et que celles-ci exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels la préfète du Rhône s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour prendre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Dès lors, ils comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées, qui sont suffisamment développées pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire :
12. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public /() 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
13. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. A, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue le 14 mars 2024 pour des faits de " vol aggravé et recel de vol ", affaire traitée en flagrant délit pour laquelle il était " personnellement mis en cause ", alors qu'il était par ailleurs défavorablement connu des services de police pour 34 signalements, et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, en l'absence de circonstances particulières, dès lors, d'une part, qu'il ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire national et ne démontrait pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et d'autre part, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, compte tenu de ce qu'il ne pouvait justifier, ni d'un hébergement stable et établi sur le territoire national, ni de la réalité de ses moyens d'existence effectif.
14. En l'espèce, si le requérant soutient que les faits qui lui sont reprochés sont insuffisants pour caractériser " un danger réel et actuel pour l'ordre public " ", il ressort toutefois des éléments produits en défense qu'il a fait l'objet, sous différentes identités, de trente-quatre signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) entre le 3 novembre 2021 et le 14 mars 2024, pour des faits de vol à la tire, violence commise en réunion sans incapacité, vol avec violence n'ayant pas entrainé une incapacité totale de travail, transport non autorisé de stupéfiants, vol aggravé par deux circonstances avec violences, vol en réunion sans violence, recel de bien provenant d'un vol, vol simple, " menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet ", outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, violation de l'interdiction de paraitre dans les lieux où l'infraction a été commise à titre de peine, usage illicite de stupéfiants, " cession ou offre illicite de substance, plante, préparation ou médicament inscrit sur les listes I et II ou classée comme psychotrope ", violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, extorsion, vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à 8 jours, vol commis dans le lieu destiné à l'accès à un moyen de transport collectif de voyageurs, détention non autorisée de stupéfiants. Ainsi, et alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait fait l'objet de poursuites pénales pour ces faits, qui demeurent répréhensibles, son comportement constitue une menace pour l'ordre public
15. Par ailleurs, M. A, qui n'établit ni même n'allègue qu'il justifiait d'une circonstance particulière au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se borne à soutenir que " qu'il dispose de garanties suffisantes " sans fournir d'éléments de nature à étayer ses propos. En outre, s'il soutient qu'il est connu de l'administration françaises depuis qu'il a 15 ans, il ne conteste pas qu'il est dépourvu de passeport en cours de validité et il résulte de ce qui a été dit au point 10 que l'intéressé s'est prévalu de différentes identités et dates de naissances auprès des autorités françaises. Dans ces conditions, il ne saurait être regardé, compte tenu de ces seules allégations générales, comme contestant sérieusement les motifs tirés de ce qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, alors au surplus qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour.
16. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
17. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
18. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée, la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.
19. Pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, la préfète du Rhône a relevé, après avoir retenu l'absence de circonstances humanitaires, que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge en France, ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, et que son comportement délictueux était constitutif d'une menace pour l'ordre public.
20. En l'espèce, le requérant soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires qui auraient dû conduire l'autorité préfectorale à exclure l'édiction d'une interdiction de retour et qu'une telle interdiction revêt un caractère disproportionné compte tenu de sa minorité, de ce qu'il a rencontré de nombreuses difficultés depuis son arrivée en France alors qu'il " essaie de s'en sortir " et de son ancrage sur le territoire français depuis 2021. Toutefois, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 10 du présent jugement que M. A ne justifie pas de sa qualité de mineur, et les éléments dont il se prévaut ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'intéressé, qui soutient être présent en France depuis l'année 2021, n'y justifie d'aucun lien privé et familial ni d'aucune insertion sociale et professionnelle, alors qu'il a déclaré, lors de son audition le 14 mars 2023, être célibataire et sans enfant à charge. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 15 du présent jugement sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, laquelle ne revêt pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.
21. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () ".
22. Si M. A soutient que son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ", il résulte toutefois des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit être écarté.
23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2024.
Le magistrat désigné,
signé
P. Fraisseix
La greffière,
signé
L. Ben Hadj Messaoud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402410
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026