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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402583

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402583

vendredi 3 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402583
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantBARKAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2403884 du 25 mars 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis le dossier de la requête de M. B C au tribunal administratif de Versailles en application des articles R.312-8 et R.351-3 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 27 mars 2024, et des pièces complémentaires enregistrées les 16 et 23 avril 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et de désigner un conseil commis d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de deux ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet d'effacer le signalement le concernant dans le fichier européen de non-admission.

Il soutient que :

- le préfet n'a pas suffisamment motivé en droit et en fait ses décisions et n'a pas procédé à un examen attentif et personnalisé de sa situation ;

- le préfet a entaché ses décisions d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte excessive au droit de mener une vie privée et familiale normale et méconnait l'intérêt supérieur de l'enfant car il entretient une relation sentimentale avec une ressortissante française, depuis septembre 2022, avec laquelle il vit depuis août 2023, il contribue à l'éducation du fils que cette personne a eu d'une précédente relation, et de leur fille commune et il souhaite régulariser sa situation en France et trouver un emploi.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis, conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776- 13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 avril 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Barkat, avocate commis d'office représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête et soutient en outre que l'arrêté contesté est entaché d'une erreur de droit au regard du 4° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, car le requérant a une compagne de nationalité française, ainsi qu'un enfant français qu'il a déclaré, sur lequel il exerce son autorité parentale et dont il subvient aux besoins ; il entre donc dans la situation prévue au 4° dudit article lequel prévoit la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence d'un an au père d'un enfant français ;

- les observations de M. C, assisté de M. D interprète en langue arabe ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien, né le 6 octobre 1994 est entré en France au cours de l'année 2019, selon ses déclarations. Le 19 mars 2024, il a été interpellé par les services de police pour des faits de vol. Par un arrêté du même jour, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé a quitté le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. C a bénéficié à l'audience de l'assistance de l'avocate commise d'office. Il n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans le cadre de la présente instance.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment l'article L. 611-1, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, notamment son identité, et précise, en outre, sa situation privée et familiale et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant de l'obliger à quitter le territoire français. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté et du défaut d'examen de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () ".

6. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. C est entré irrégulièrement sur le territoire français et s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour. Il entre ainsi dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, si le requérant produit la confirmation du dépôt d'une pré-demande de titre de séjour, celle-ci, datée du 23 avril 2024, est postérieure à l'arrêté contesté, et le seul dépôt d'une demande de titre de séjour ne saurait faire obstacle à ce que l'autorité administrative décide de prendre une obligation de quitter le territoire français à l'encontre d'un étranger qui se trouve, à l'instar de M. C dans l'un des cas mentionnés à l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. D'une part, si M. C, soutient être présent en France depuis l'année 2019, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation d'hébergement établie en date du 4 août 2023 et du justificatif d'abonnement à Total énergie en date du 1er février 2024, qu'il ne justifie résider habituellement sur le territoire de manière probante qu'à partir de 2023. De plus, s'il fait valoir qu'il souhaite trouver un emploi, il ressort du procès-verbal d'audition en date du 19 mars 2024 qu'il a déclaré effectuer un emploi dissimulé. Il ne justifie ainsi d'aucune insertion professionnelle particulière sur le territoire français. Par ailleurs, si M. C se prévaut d'une communauté de vie effective avec une ressortissante française, Mme A, il ressort de l'attestation d'hébergement produite par cette dernière qu'il ne réside au domicile de sa compagne que depuis début août 2023. De plus, la seule production d'une lettre par cette dernière ne suffit pas à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien de leur petite fille, alors au demeurant que ce document est daté du 21 mars 2024, soit postérieurement à l'arrêté contesté et que l'intéressé ne produit aucun justificatif attestant de sa participation aux dépenses du ménage ou à l'entretien de cet enfant. Enfin, il est constant que M. C a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans en Algérie, où il n'est pas allégué qu'il y serait dépourvu d'attaches.

9. D'autre part, M. C a été interpellé notamment pour des faits de vente à la sauvette, offre, vente ou exposition en vue de la vente de biens dans un lieu public sans autorisation et de détention frauduleuse en vue de la vente de tabac. Dans ces conditions, et compte-tenu de ce qui a été précédemment exposé, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. Il résulte de ce qui a été énoncé précédemment au point 8 que le requérant ne justifie pas contribuer effectivement à l'entretien de son enfant. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit, dès lors, être écarté.

12. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (°) / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; ".

13. Il résulte des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien que lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant antérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit au ressortissant algérien à la condition, alternative qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Il résulte également de ces stipulations que le respect de la condition qu'elles posent tenant à l'exercice même partiel de l'autorité parentale n'est pas subordonné à la vérification de l'effectivité de l'exercice de cette autorité. Enfin, ces stipulations ne privent pas l'autorité compétente du pouvoir qui lui appartient de refuser à un ressortissant algérien la délivrance du certificat de résidence d'un an lorsque sa présence en France constitue une menace à l'ordre public.

14. Il est constant que M. C est père d'une enfant française née le 17 février 2024, qu'il a reconnue le 25 septembre 2023 préalablement à sa naissance. S'il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, l'exercice de l'autorité parentale lui aurait été retiré, M. C a cependant été interpellé notamment, et ainsi que cela a été dit, pour des faits de vente à la sauvette, offre, vente ou exposition en vue de la vente de biens dans un lieu public sans autorisation et de détention frauduleuse en vue de la vente de tabac. Il ne conteste pas les mentions de l'arrêté en litige, aux termes desquelles il est par ailleurs connu au fichier automatisé des empreintes digitales pour de multiples faits de vols aggravés et de recels. Il ne justifie en outre que d'une présence récente sur le territoire français, par les pièces qu'il verse au dossier. Eu égard au caractère répété des faits précités, et des circonstances de l'espèce, l'intéressé peut être regardé comme représentant une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, il ne peut se prévaloir, en l'état du dossier, de la possibilité de se voir délivrer de plein droit un certificat de résidence.

15. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter l'ensemble de ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

E. MarcLa greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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