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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402620

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402620

lundi 16 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402620
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 mars 2024 et le 3 mai 2024, M. C A B, représenté par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 mars 2024 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet compétent de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de délai de départ volontaire méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et de séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est illégale à raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;

- elle n'est ni nécessaire, ni proportionnée et méconnaît en conséquence l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 avril 2024, le préfet d'Eure-et-Loir conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens présentés à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Lutz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A B, ressortissant indien né le 25 avril 1996, est entré en France en septembre 2017 sous couvert d'un visa long séjour valant titre de séjour " étudiant ". Il a ensuite obtenu une carte de séjour pluriannuelle " étudiant " valable du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2020, puis un récépissé valable du 6 juillet 2020 au 5 janvier 2021 et enfin une autorisation provisoire de séjour en qualité d'étudiant en recherche d'emploi valable du 20 septembre 2020 au 19 septembre 2022. Le 26 mars 2024, il a été placé en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par l'arrêté du même jour, dont M. A B demande l'annulation, le préfet d'Eure-et-Loir l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions contestées :

2. Par un arrêté n° 10-2024 du 8 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Eure-Et-Loir, le préfet d'Eure-et-Loire a donné délégation à M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment " tous arrêtés, décisions () relevant des attributions de l'Etat dans le département d'Eure et Loir ", à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes mêmes de l'arrêté contesté, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet, qui n'était pas tenu de mentionner l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A B. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour et procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

5. M. A B se prévaut de sa présence en France depuis sept ans, de sa scolarité à l'école Centrale de Nantes entre 2017 et 2020 où il a obtenu un master en sciences, technologie et santé mention mécanique et de ses efforts d'insertion professionnelle et de perfectionnement en français. Toutefois, l'intéressé est célibataire et sans enfant et ne justifie pas de liens personnels ou familiaux sur le territoire, alors par ailleurs qu'il n'est pas démontré non plus qu'il serait dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Par ailleurs, s'il a travaillé en tant que garde d'enfant de septembre à décembre 2021, plongeur de novembre 2019 à janvier 2022, équipier de commerce de février à décembre 2022 et employé polyvalent depuis novembre 2023, il ne justifie pas d'une insertion professionnelle particulière. Par suite, la décision contestée n'a pas porté au droit du requérant à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard les objectifs poursuivis par cette mesure. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 doit donc être écarté.

6. En troisième lieu, il résulte également de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

7. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

8. M. A B n'ayant pas sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour et ne justifiant ni d'un document d'identité en cours de validité ni d'une résidence stable sur le territoire français, le préfet d'Eure-et-Loir n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précités en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :

9. En premier lieu, M. A B n'étant pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

12. Eu égard aux circonstances de fait détaillées au point 5 du présent jugement, les moyens tirés de ce que la décision faisant interdiction de retour au requérant sur le territoire français pendant une durée d'un an porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet d'Eure-et-Loir.

Délibéré après l'audience du 2 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 septembre 2024.

La rapporteure,

Signé

F. Lutz La présidente,

Signé

J. Sauvageot

La greffière,

Signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402620

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