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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402673

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402673

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSADFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2024 et le 4 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Sadfi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle est illégale dès lors qu'elle remplit les conditions de l'admission exceptionnelle au séjour des jeunes majeurs prévues par la circulaire du 28 novembre 2012 ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision relative au délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors que l'administration aurait dû lui accorder un délai de départ supérieur à 30 jours.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observation en défense.

Par une ordonnance du 2 avril 2024 la clôture de l'instruction a été fixée au 17 mai 2024.

La préfète de l'Essonne a produit des pièces le 27 août 2024, qui n'ont pas été communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Maitre, premier conseiller,

- et les observations de Me Sadfi, représentant Mme A, présente à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante tunisienne, née en mars 2003 demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 novembre 2023 par lequel le préfet de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 422-1 et L. 435-1, sur le fondement desquels Mme A a présenté sa demande de titre de séjour. Il indique les motifs pour lesquels le préfet de l'Essonne a considéré que l'intéressée, d'une part, ne remplissait pas les conditions légales de délivrance d'un titre de séjour étudiant et d'autre part ne présentait pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour. Il précise par ailleurs la situation personnelle et familiale de l'intéressée. L'arrêté attaqué contient ainsi les circonstances de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre les décisions de refus de séjour et d'obligation de quitter le territoire français en litige. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de ces décisions doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet n'aurait pas procédé un examen complet de la situation de Mme A avant de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour.

4. En troisième lieu, les orientations générales de la circulaire du 28 novembre 2012 adressées par le ministre de l'intérieur aux préfets pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation, ne constituent pas des lignes directrices dont il est possible de se prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour aurait été prise en méconnaissance des dispositions de cette circulaire ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée sur le territoire français en juillet 2018, à l'âge de 15 ans, qu'elle y a poursuivi sa scolarité jusqu'au bac général avant de suivre un cursus de licence en gestion depuis 2022 et qu'elle peut se prévaloir de la présence en France de sa cellule familiale. Toutefois, alors qu'elle n'établit ni même n'allègue être dans l'impossibilité de poursuivre ses études dans son pays d'origine, il est constant qu'à la date de la décision attaquée, aucun membre de sa famille ne disposait d'un droit au séjour en France, sa mère ayant simplement obtenu un récépissé de première de demande de titre de séjour postérieurement à cette décision. Il est par ailleurs constant que Mme A est célibataire et sans charge de famille. Dans ces conditions, la décision d'éloignement en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressée et ne méconnaît pas, par suite, les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. "

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en n'accordant pas à Mme A un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, à titre exceptionnel, le préfet de l'Essonne aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

Le rapporteur,

signé

B. Maitre

La présidente,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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