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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402692

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402692

mercredi 3 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402692
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantJEAN-MARIE CASSÉUS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er avril 2024, Mme B A, représentée par Me Casseus-Blonski, demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision du préfet de l'Essonne accordant le concours de la force publique aux fins de son expulsion ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative ou, si elle n'était pas admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser directement cette somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la condition d'urgence est remplie dès lors que la décision emporte des conséquences graves sur sa situation ; elle est dans l'incapacité de trouver un logement étant isolée socialement et atteinte de nombreuses affections physiques et psychologiques ; elle a quatre enfants à charge vivant avec elle, dont un mineur ; cette situation aura des répercussions sur sa famille et sur son état de santé physique et moral ; elle risque d'être expulsée à tout moment après le 31 mars 2024 qui marque la fin de la trêve hivernale ;

- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

. elle a été signée par une autorité incompétente ;

. elle est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle est intervenue avant l'information de la commission de coordination des actions de prévention des expulsions locatives.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 1er avril 2024 sous le n° 2402690 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code civil ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, vice-président, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ". Par ailleurs, en vertu de l'article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction, ni audience, lorsque la condition d'urgence n'est pas remplie ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Il résulte des dispositions de l'article L. 521-1 précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision par laquelle le préfet de l'Essonne a accordé le concours de la force publique en vue de son expulsion, Mme A fait valoir qu'elle peut être expulsée à tout moment à compter du 1er avril 2023, alors que ses quatre enfants, dont un est mineur, résident avec elle, et qu'elle est dans l'incapacité de trouver un logement étant isolée socialement et atteinte de nombreuses affections physiques et psychologiques. Toutefois, alors même qu'elle indique avoir eu connaissance de la décision du préfet de l'Essonne d'accorder le concours de la force publique par courrier du 18 octobre 2023, Mme A n'a saisi le juge des référés que le 1er avril 2024, soit plus de cinq mois plus tard. En outre, le jugement du tribunal d'instance ordonnant son expulsion a été rendu le 11 février 2010 et, sans remettre en cause les difficultés personnelles qu'elle a pu rencontrer, elle ne justifie d'aucune diligence accomplie depuis cette date jusqu'à la décision attaquée, ni même après d'ailleurs, pour trouver une solution d'hébergement ou de logement. Il s'ensuit, que dans les circonstances de l'espèce, Mme A doit être regardée comme s'étant placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque. Ainsi, elle ne peut être regardée, en l'espèce, comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de faire application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête, dans son ensemble.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, par application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative.

ORDONNE :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Copie en sera adressée pour information au préfet de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 3 avril 2024.

Le juge des référés,

signé

R. Féral

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir l'exécution de la présente décision.

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