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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402731

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402731

vendredi 26 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402731
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantSCP GUILLEMIN & MSIKA AVOCATS ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2307584 du 24 juin 2023, la vice-présidente du tribunal administratif de Montreuil a transmis un mémoire complémentaire du dossier de la requête de M. A D, déposé par Me Msika le 23 juin 2023 au tribunal administratif de Melun, en application des articles R. 312-8 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n° 2306870 du 11 juillet 2023, le vice-président du tribunal administratif de Melun a transmis ce mémoire complémentaire au tribunal administratif de Versailles, en application des articles R. 312-8 et R. 776-15 du code de justice administrative.

Par une ordonnance n° 2305645 du 20 juillet 2023, la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles a rejeté le dossier de M. D, alors constitué par ce mémoire complémentaire, pour tardiveté, en application de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

À la demande du tribunal administratif de Versailles, le vice-président du tribunal administratif de Melun lui a transmis, le 2 avril 2024, par une ordonnance n° 2306486 datée du 31 juillet 2023, la requête de M. A D, enregistrée le 22 juin 2023 au tribunal administratif de Melun ; par cette requête, par un mémoire complémentaire enregistré le 4 avril 2024 et par une pièce complémentaire enregistrée le 22 avril 2024, ce dernier, représenté par Me Msika, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 juin 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec une autorisation de travail dans l'attente d'un réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté dans son ensemble est signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnait les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnait les stipulations de l'article 6 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions précises et inconditionnelles de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 non transposée en droit français dans le délai imparti, notamment celles de ses articles 6, 7 et 8 ;

- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est privée de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, incompatibles avec la directive 2008/115 et transposées tardivement ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation, en l'absence d'éléments suffisants permettant de caractériser un risque de fuite.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 8 avril 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Msika, représentant M. D, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et qui, en outre, soutient que l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an prononcée à l'encontre du requérant méconnait les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant congolais (RDC) né le 16 août 1994, est entré sur le territoire français en janvier 2002, selon ses déclarations lors de son audition par les services de police le 20 juin 2023. Par un arrêté du 21 juin 2023, le préfet de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-025 du 7 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme B C, cheffe du bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de l'Essonne pour signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et notamment ses articles L. 311-1, L. 611-1, L. 611-3, L.612-2, L. 612-3, L. 612-6, L. 612-10, L. 612-12, L. 613-1 à L. 613-5, et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, notamment son identité, les conditions de son entrée sur le territoire français, et précise, en outre, sa situation privée et familiale et le fait qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Par ailleurs, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. D avant de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, de fixer le pays de destination en cas d'exécution d'office et de lui interdire le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation de l'arrêté contesté et du défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

5. Il résulte des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui sont issues de la loi du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité qui a procédé à la transposition, dans l'ordre juridique interne, de la directive du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, que le droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales, de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne.

6. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. En l'espèce, il ne ressort d'aucune pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. D aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté contesté. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Si M. D, qui déclare vivre avec une ressortissante de nationalité française et être père d'un enfant français, fait valoir qu'il a construit des liens familiaux et amicaux depuis son arrivée en France en 2002, il n'établit toutefois pas la réalité et l'intensité de ses relations, ni n'apporte d'élément établissant sa participation à l'éducation et à l'entretien de sa fille, née le 12 février 2024. De plus, s'il justifie que ses parents sont en situation régulière sur le territoire français, et que ses deux frères et sa sœur sont de nationalité française, il ne produit aucune pièce permettant d'apprécier l'intensité des liens familiaux et la nécessité de sa présence aux côtés des membres de sa famille. En outre, il ne justifie pas d'une insertion stable et pérenne sur le territoire français, par la production de contrats de mission temporaire et de divers bulletins de salaires, ponctuels, de sociétés différentes. Enfin, il a fait l'objet de onze signalements notamment pour des faits de vols, d'usurpation d'identité ou encore de violences conjugales ainsi que de plusieurs condamnations conduisant à des incarcérations, ainsi que cela résulte du bulletin n° 2 de son casier judiciaire. Dès lors, le préfet de l'Essonne n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale en l'obligeant à quitter le territoire français et n'a ainsi pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. Si M. D allègue que son renvoi en République démocratique du Congo l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants, il n'apporte aucun élément caractérisé propre à sa situation permettant de démontrer qu'il risquerait de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans ce pays. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. En sixième lieu, M. D ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, aux termes duquel " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté, sauf dans les cas suivants et selon les voies légales () " à l'encontre de la décision contestée, dès lors qu'elle ne présente pas le caractère d'une mesure privative de liberté au sens de ces stipulations. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

12. En septième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle. () ". Ces stipulations ne sont applicables qu'aux procédures contentieuses suivies devant les juridictions, et non à la procédure suivie pour l'édiction d'une décision administrative. Le requérant ne peut, dès lors, utilement soutenir que le préfet aurait méconnu ces stipulations. Au demeurant, contrairement à ce que soutient M. D, les mentions portées sur l'arrêté litigieux lui ont permis de contester utilement cet acte. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

13. En huitième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment au point 8, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. M. D ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaitrait les articles 6, 7 et 8 de la directive n° 2008/115/CE du 16 décembre 2008, dès lors qu'à la date de la décision litigieuse, la directive n° 2008/115/CE a été transposée en droit interne. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

En ce qui concerne la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

15. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () ; 3o Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () ; 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; () ".

16. En premier lieu, il résulte des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 précitées que l'existence d'un risque que l'étranger se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français résulte d'un ensemble de critères objectifs qui doit être apprécié par l'autorité compétente en fonction des circonstances particulières de l'espèce. Par suite, le moyen tiré de l'incompatibilité de ces dispositions avec les objectifs de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008, quelle que soit la date de transposition, doit être écarté.

17. En deuxième lieu, M. D a déclaré être entré régulièrement sur le territoire français en janvier 2002 et avoir bénéficié de titres de séjour, mais il est constant qu'il s'est maintenu sur le territoire français après leur expiration. Dans ces conditions, le risque que l'intéressé se soustraie à l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français peut être regardé comme établi. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

19. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. En outre, il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

20. D'une part, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que M. D fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Les circonstances, en outre, dont se prévaut le requérant ne présentent pas un caractère humanitaire et ne font ainsi pas obstacle au prononcé d'une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, c'est à bon droit que le préfet de l'Essonne a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. D d'une telle interdiction.

21. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 8 du présent jugement, que M. D, qui allègue être arrivé sur le territoire français en 2002, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire français. Par ailleurs, si le requérant soutient ne pas constituer une menace pour l'ordre public, il n'est pas contesté qu'il a fait l'objet de plusieurs condamnations et de multiples signalements. Par suite, le préfet de l'Essonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en assortissant l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

22. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 21 juin 2023 du préfet de l'Essonne doit être annulé. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation de cet arrêté doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction sous astreinte, au titre des frais d'instance et en tout état de cause au titre des dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.

La magistrate désignée,

Signé

E. Marc Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2402731

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