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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402744

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402744

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402744
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantSAID

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 et 5 avril 2024, Mme B C épouse A, représentée par Me Saïd, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que la décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur de fait ;

- méconnaît les stipulations du 5° de l'article 6 de la convention franco-algérienne ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les articles 3-1 et 9-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire, enregistré le 17 mai 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens y soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant,

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et des membres de leur famille ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C ép.A, ressortissant algérienne, a sollicité le 23 janvier 2024 la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 2° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 8 mars 2024, dont elle demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familial" est délivré de plein droit : / () / 2) au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 : " I- Les étrangers entrés régulièrement sur le territoire d'une des Parties contractantes sont tenus de se déclarer, dans des conditions fixées par chaque Partie contractante, aux autorités de la Partie contractante sur le territoire de laquelle ils pénètrent () ". Aux termes de l'article L. 621-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger en provenance directe du territoire d'un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 peut se voir appliquer les dispositions de l'article L. 621-2 lorsqu'il est entré ou a séjourné sur le territoire français () sans souscrire, au moment de l'entrée sur ce territoire, la déclaration obligatoire prévue par l'article 22 de la même convention, alors qu'il était astreint à cette formalité ". L'article R. 621-2 du même code dispose : " () l'étranger souscrit la déclaration d'entrée sur le territoire français mentionnée à l'article L. 621-3 auprès des services de la police nationale ou, en l'absence de tels services, des services des douanes ou des unités de la gendarmerie nationale. A cette occasion, il lui est remis un récépissé qui peut être délivré par apposition d'une mention sur le document de voyage. () ".

4. Il résulte de ces stipulations et dispositions que, d'une part, la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de Français est subordonnée à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français et, d'autre part, un ressortissant étranger soumis à l'obligation de présenter un visa ne peut être regardé comme entré régulièrement sur le territoire français au moyen d'un visa Schengen délivré par un État autre que la France que s'il a effectué une déclaration d'entrée sur le territoire.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a obtenu des autorités espagnoles un visa de type C valable du 18 décembre 2021 au 17 mars 2022 et est entrée en Espagne munie de ce visa le 27 décembre 2021. En admettant même qu'elle soit ensuite entrée en France pendant la durée de ce visa, aucune pièce du dossier n'établit qu'elle a effectué la déclaration d'entrée sur le territoire national prévue par les dispositions de l'article R. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, son entrée sur le territoire français n'étant pas régulière, le préfet des Yvelines a pu légalement, sans entacher sa décision d'une erreur de fait, rejeter pour ce motif sa demande de certificat de résidence, présentée sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6-2 de l'accord franco-algérien.

6. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord

franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. / Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () " Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Et aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

7. Mme C, qui ne justifie pas d'une résidence habituelle en France avant août 2022 et dont le mariage avec un ressortissant de français, célébré en juillet 2023, est récent, ne démontre pas, par les pièces qu'elle produit, l'existence d'une communauté de vie avec son époux antérieure à mai 2023. De même si l'intéressée est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel depuis février 2024 en qualité d'assistante de vie et justifie avoir travaillé en cette qualité d'août 2022 à décembre 2023, cet élément ne permet pas d'établir une véritable insertion professionnelle ou sociale. En outre, si son père réside en France de manière régulière et qu'elle justifie de la nationalité française de l'une de ses sœurs, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine dans lequel elle a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident, selon ses déclarations auprès de la préfecture, sa mère et deux sœurs. De plus, la décision litigieuse n'a, en tout état de cause, pas pour effet de séparer durablement Mme C de son conjoint, dès lors qu'elle peut prétendre à la délivrance de plein droit d'un visa de long séjour en qualité de conjoint de Français depuis son pays d'origine. Enfin, la circonstance que son époux est père de deux adolescents nés en 2007 et 2009 ne permet pas davantage de démontrer qu'en adoptant la décision en litige, le préfet aurait porté une atteinte excessive à sa vie privée et familiale ou aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de ces deux enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés, de même que celui tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.

8. En troisième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 9 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut être utilement invoqué à l'appui de conclusions tendant à l'annulation d'une décision individuelle ou réglementaire dès lors que ces stipulations ne produisent pas d'effet direct à l'égard des particuliers.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C épouse A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

B. Maitre La greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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