vendredi 12 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2402861 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | TRICAUD |
Vu la procédure suivante :
I. Par une ordonnance n° 2403241 du 2 avril 2024, le président par intérim du tribunal administratif de Lille a transmis le dossier de la requête de M. C au tribunal administratif de Versailles.
Par une requête, enregistrée sous le numéro 2402861 au greffe du tribunal administratif de Versailles le 5 avril 2024, M. D C, représenté par Me Tricaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 du préfet du Pas-de-Calais en tant qu'il fixe le Maroc comme pays à destination duquel il pourra être éloigné ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 10 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- la décision portant fixation du pays de destination a été prise au terme d'une procédure irrégulière ;
- elle est entachée d'une erreur fait ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais, qui n'a pas produit de mémoire.
II. Par une requête, enregistrée sous le numéro 2402678 le 1er avril 2024, M. D C, représenté par Me Tricaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2024 par lequel le préfet de l'Essonne l'a assigné à résidence dans le département de l'Essonne pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- le tribunal administratif de Versailles est territorialement compétent ;
- la décision portant assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 avril 2024, le préfet de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
La requête a été communiquée au préfet du Pas-de-Calais, qui n'a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Rivet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :
- le rapport de Mme Rivet, qui a en outre informé les parties, par application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de la méconnaissance de l'autorité absolue de chose jugée attachée à l'arrêt du 15 février 2024 de la cour administrative d'appel de Douai ;
- les observations de Me Barbé avocate substituant Me Tricaud, représentant M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;
- en présence de Mme B, interprète en langue arabe ;
- le préfet du Pas-de-Calais et le préfet de l'Essonne n'étant ni présents, ni représentés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes susvisées n° 2402861 et n° 2402678 concernent la situation du même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. M. D C, ressortissant marocain né le 8 juin 1976, a été remis aux autorités françaises le 20 septembre 2016 par les autorités belges en exécution d'un mandat d'arrêt européen émis par l'autorité judiciaire française le 8 octobre 2014. Il a été, par un jugement du tribunal correctionnel de Nancy du 6 mars 2017, condamné à une peine de dix ans d'emprisonnement et 100 000 euros d'amende. Il a été également condamné par contumace au Maroc le 22 février 2017 par la chambre criminelle de la cour d'appel de Rabat à une peine de dix ans d'emprisonnement pour d'autres faits. Le 24 septembre 2018, les autorités consulaires marocaines ont demandé l'extradition de M. C. Par un arrêt devenu définitif du 4 février 2022, la chambre de l'instruction de la cour d'appel d'Amiens a émis un avis favorable à la demande d'extradition des autorités marocaines. Par un arrêté du 2 mai 2023, le préfet du Pas-de-Calais a obligé M. C à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il peut être renvoyé et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par un jugement du tribunal administratif de Lille du 24 mai 2023, confirmé par un arrêt de la cour administrative d'appel de Douai du 15 février 2024, cet arrêté a été annulé en tant qu'il fixe le Maroc comme pays de destination. Par un arrêté du 27 mars 2024, le préfet du Pas-de-Calais a de nouveau fixé le pays dont M. C a la nationalité, ou tout autre pays dans lequel il serait ré admissible, comme pays à destination desquels l'intéressé pourrait être reconduit. Par un second arrêté du 30 mars 2024, le préfet de l'Essonne a assigné l'intéressé à résidence dans le département de l'Essonne pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 mars 2024 pris par le préfet du Pas de Calais et l'arrêté du 30 mars 2024 pris par le préfet de l'Essonne.
Sur la légalité de l'arrêté du 27 mars 2024 portant fixation du pays de destination :
3. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la cour administrative d'appel de Douai, par un arrêt du 15 février 2024 devenu définitif et revêtu de l'autorité absolue de chose jugée, a confirmé l'annulation de la décision portant fixation du Maroc comme pays de destination au motif qu'il existe des risques qu'il soit porté atteinte à la vie ou la sécurité de M. C en cas de reconduite à destination de ce pays. Il s'ensuit, en l'absence de changement de circonstance de droit et de fait, qu'en fixant, par son arrêté du 27 mars 2024, le pays dont M. C a la nationalité, comme pays à destination duquel il peut être éloigné d'office, le préfet du Pas-de-Calais a méconnu l'autorité absolue de la chose jugée par la cour administrative d'appel de Douai. Ainsi, M. C est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué, en tant qu'il fixe le Maroc comme pays de destination, méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à en demander, pour ce seul motif l'annulation.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à soutenir que l'arrêté du 27 mars 2024 doit être annulé en tant qu'il fixe le Maroc comme pays de destination.
Sur la légalité de l'arrêté du 30 mars 2024 portant assignation à résidence :
6. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-079 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture de l'Essonne, Mme E A, attachée d'administration, adjointe au chef de bureau de l'éloignement du territoire, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les circonstances de fait propres à la situation du requérant, notamment son identité, la circonstance qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 2 mai 2023, qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque de soustraction dans l'attente de l'exécution de cette dernière décision et qu'il a été procédé à un examen approfondi de la situation personnelle de l'intéressé. Il s'ensuit, et quand bien même le préfet n'a pas mentionné dans son arrêté l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté litigieux a été pris sans examen préalable de sa situation. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation de M. C doit être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants :
1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ;() ".
9. M. C soutient que son éloignement n'est pas une perspective raisonnable dès lors qu'il ne peut être éloigné à destination du Maroc et que les autorités belges n'ont pas donné leur consentement à son extradition. Toutefois, la suspension de la procédure d'extradition en raison de l'absence du consentement des autorités belges ne fait pas obstacle à l'éloignement de M. C dès lors que les deux procédures relèvent de législations distinctes et répondent à des objectifs différents. Ainsi, M. C n'est pas fondé à soutenir que son éloignement ne constitue pas une perspective raisonnable au sens de l'article L. 731-1 précité. Par suite, le moyen doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 30 mars 2024 présentées par M. C doivent être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à soutenir que l'arrêté du 27 mars 2024 doit être annulé en tant qu'il fixe le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il peut être éloigné d'office.
Sur les frais de l'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 27 mars 2024 du préfet du Pas-de-Calais, en tant qu'il a fixé le Maroc comme pays à destination duquel M. C peut être éloigné d'office, est annulé.
Article 2 : L'Etat versera à M. C une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La requête n° 2402678 est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de l'Essonne et au préfet du Pas-de-Calais.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 avril 2024.
La magistrate désignée,
signé
S. Rivet Le greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais et au préfet de l'Essonne en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2402861; 2402678
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026