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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402875

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402875

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402875
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantDURANT-GIZZI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. D, un ressortissant malgache, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines du 8 mars 2024 refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a jugé que la décision d'éloignement était suffisamment motivée et ne méconnaissait pas l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, malgré la présence de sa mère et de ses sœurs en France, car M. D conservait des attaches familiales à Madagascar. Les autres moyens, notamment ceux tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la violation de l'article 3 de la Convention, ont été écartés comme infondés. La décision s'appuie sur les articles L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 avril et le 6 juin 2024, M. C D, représenté par Me Durant-Gizzy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnait les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire.

Par un mémoire enregistré le 21 mai 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant malgache né en avril 1994 est entré en France le 29 août 2012, muni d'un visa long séjour " étudiant ". Après avoir obtenu plusieurs titres de séjour " étudiant " dont le dernier expirait le 26 janvier 2023, il a sollicité, le 10 juillet 2023, un titre de séjour " salarié " en application des articles L. 421-1 et L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de le lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours.

Sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

2. En premier lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, alors qu'il n'est pas contesté que le refus de titre de séjour qu'elle assortit est motivé en fait et en droit, est inopérant et ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1 - Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. M. D se prévaut de sa durée de séjour sur le territoire français, de plus de 10 ans, et de la présence de sa mère, de nationalité française, ainsi que de ses deux sœurs dont l'une est titulaire d'une carte de résident. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant a régulièrement exercé une activité professionnelle pendant ses études. Toutefois, présent sur le territoire afin d'y suivre ses études, il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine, où vit notamment son père et où lui-même a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Par ailleurs, il n'établit pas avoir noué des liens intenses et stables sur le territoire, et a sollicité du préfet un titre de séjour " salarié " et non un titre lié à sa situation familiale. Compte tenu de ces éléments, il n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse a été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 3, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation s'agissant des conséquences sur sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

Sur les autres conclusions :

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

8. Dès lors, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 911-1, L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative, ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du même code, doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B D et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

La présidente,

signé

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

signé

I.de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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