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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402882

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402882

jeudi 30 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402882
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 6 avril et 16 avril 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. D A, représenté par Me Sarhane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 mars 2024 par lequel le préfet de Police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.

2°) d'enjoindre à cette autorité de procéder à un réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans cette attente.

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence, dès lors que son signataire ne justifie pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- il est insuffisamment motivé ;

-la preuve n'est pas rapportée de la notification régulière de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et de la Cour nationale du droit d'asile ;

-il n'a jamais reçu la convocation à l'audience devant la CNDA et bénéficie du droit de se maintenir en France ;

-il souffre d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de la convention de Genève, de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

-la décision fixant le Bangladesh comme pays de renvoi doit être annulée par voie d'exception ; elle est insuffisamment motivée et n'a pas fait l'objet d'une procédure contradictoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 avril 2024, le préfet de Police, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme F pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience:

- le rapport de Mme F, en présence de M. B, interprète en langue bengali ;

-les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A ressortissant bangladais né le 8 mai 1991, a déclaré être entré sur le territoire français en 2022 aux fins de solliciter son admission au séjour au titre de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande d'asile par une décision du 27 mars 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile qui a rejeté son recours par voie d'ordonnance le 20 novembre 2023. Par un arrêté du 23 mars 2024 dont il demande l'annulation, le préfet de Police l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2023-056 du même jour de la préfecture de police de Paris, M. E C, adjoint à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application et expose les circonstances de faits propres à la situation personnelle de M. A. Il indique notamment que la demande d'asile du requérant a fait l'objet d'une décision de rejet par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 27 mars 2023 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 20 novembre 2023. Il ressort en outre des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a examiné la situation du requérant au regard des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort des mentions du relevé Telemofpra versé au dossier par le préfet de Police, lesquelles font foi jusqu'à preuve du contraire, que la notification de l'ordonnance par laquelle a statué la Cour nationale du droit d'asile le 20 novembre 2023 a été notifiée à l'intéressé le 4 décembre suivant. Par suite, le droit de M. A avait pris fin, en application des dispositions de l'article L.542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la date du 23 mars 2024 de la décision attaquée. Si le requérant soutient ne pas avoir été convoqué devant la Cour nationale du droit d'asile, il ressort des mentions du relevé Télemofpra que la Cour a statué par voie d'ordonnance. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'a pas été destinataire d'une convocation ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ".

6. En l'espèce, La demande d'asile de M. A a été définitivement rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et la Cour nationale du droit d'asile. En outre, il ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour. Par suite, il entre dans le champ d'application des dispositions précitées du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile autorisant le préfet à l'obliger à quitter le territoire. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

7. En cinquième lieu, si le requérant se plaint en des termes généraux de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet, il ne fait état d'aucun élément précis tenant à sa situation familiale ou professionnelle sur le territoire de nature à caractériser une telle erreur. Il en est de même du moyen tiré de la violation des dispositions de code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

9. Si le requérant se prévaut des risques qu'il encourrait en cas de retour au Bangladesh à la suite d'accusations fallacieuses de viol et meurtre dont il fait l'objet, il ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d'autres faits que ceux qui étaient allégués devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et devant la Cour nationale du droit d'asile et de nature à justifier une appréciation différente de celle déjà portée sur les conséquences qu'aurait pour sa situation personnelle le retour dans son pays d'origine. Ainsi, il ne démontre pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine. Par suite, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'ont pas été méconnues.

10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de Police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.

La magistrate désignée,

signé

M. F La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de Police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2402882

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