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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2402926

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2402926

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2402926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires en productions de pièces enregistrés les 8, 9 et 17 avril 2024, M. C A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau (Essonne), demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- son droit à être entendu a été méconnu ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnait le 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne l'interdiction temporaire de circulation :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnait l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête et fait valoir que le requérant ne dispose pas de ressources stables et suffisantes.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Chavet, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-21 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier d'audience :

- le rapport de M. Chavet ;

- les observations de Me Touré, avocat désigné d'office représentant M. A B, présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant portugais déclarant être entré en France en dernière lieu le 10 juillet 2016, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ".

3. Il appartient à l'autorité administrative qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Pour justifier la mesure d'éloignement litigieuse, la préfète de l'Essonne a retenu que M. A B a été interpellé le 6 avril 2024 pour des faits de violences conjugales et fait l'objet d'un signalement, le 16 juillet 2023, pour conduite d'un véhicule sous l'empire de stupéfiants. Toutefois, alors qu'aucun élément n'est apporté sur les circonstances du signalement du 16 juillet 2023, il ressort des auditions du requérant et de son épouse, conduites dans le cadre de l'enquête sur les violences conjugales, que ce dernier lui aurait porté trois coups de poing sur l'épaule dans le cadre d'une dispute et que ces faits constituent le seul acte de violence physique en six années de vie commune. En outre, le requérant réside en France depuis 2016 avec son épouse et leurs trois enfants. Dès lors, de tels faits isolés ne peuvent être regardés à eux seuls comme traduisant l'existence d'une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française au sens des dispositions précitées. Au surplus, il ressort des pièces du dossier que ces faits n'ont donné lieu à aucune poursuite pénale et que l'épouse du requérant a retiré la plainte qu'elle avait déposée à la suite des violences conjugales. Dans ces conditions, M. A B est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5.Par ailleurs, si en faisant valoir dans ses écritures que le requérant ne dispose pas pour lui et pour les membres de sa famille de ressources suffisantes, l'administration doit être regardée comme sollicitant une substitution de base légale et de motif tendant à considérer que la même décision aurait pu être prise sur le fondement du 1° du même article L. 251-1, elle n'apporte toutefois aucun élément ni précision permettant d'en apprécier la réalité alors qu'il ressort des pièces du dossier que le requérant travaille comme magasinier et perçoit un salaire mensuel de l'ordre de 1 500 euros. Dès lors, il n'y a pas lieu de procéder à une telle substitution.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A B est fondé à demander l'annulation de la décision du 7 avril 2024 l'obligeant à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, des décisions du même jour par lesquelles la préfète de l'Essonne a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a fait obligation à M. C A B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée de cinq ans est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et à la préfète de l'Essonne.

Lu en audience publique le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

N. Chavet

Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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