jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2402935 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MAGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 9 avril 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Strasbourg a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. C A.
Par cette requête, enregistrée le 1er avril 2024 au tribunal administratif de Strasbourg et trois mémoires, enregistrés les 2 mai et 14 mai 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. A, représenté par Me Caoudal, demande au tribunal :
1°) de lui ouvrir droit au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2024 par lequel la préfète du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de procéder à l'effacement de son signalement au système d'information Schengen sous huit jours ;
4°) d'enjoindre au préfet de le convoquer en vue de lui permettre d'enregistrer sa demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
5°) à défaut, d'enjoindre au préfet de procéder à un nouvel examen de sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour ;
6°) de ne pas tenir compte du mémoire de désistement formé par erreur le 2 mai 2024 ;
7°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle, ou à défaut d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, à lui verser directement cette somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-l'acte attaqué est signé d'une autorité ne justifiant pas de sa compétence ;
-le préfet a méconnu son droit à être entendu et n'a pas été informé du fait qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement tandis qu'il disposait d'éléments à faire valoir relativement à des craintes de persécutions en Côte d'Ivoire ;
-l'acte attaqué est entaché d'une erreur de droit en ce que le préfet était tenu d'enregistrer sa demande d'asile à l'occasion de son interpellation en application des dispositions de l'article L.521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors qu'il a expressément manifesté lors de son placement en rétention ;
-lors de son interpellation, il a expressément exprimé son intention de demander l'asile ;
-la décision portant obligation de quitter le territoire est insuffisamment motivée ;
-elle est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle souffre d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle en raison des persécutions subies dans son pays d'origine et des menaces de mort dont il fait l'objet en raison de son orientation sexuelle
- la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire méconnait les dispositions de l'article L. 511-1 II -1°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il souhaite solliciter l'asile ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une appréciation erronée de sa situation, pour l'application des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie de solides garanties de représentation ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'il sera exposé à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son orientation sexuelle ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français et portant signalement au système d'information Schengen doit être annulée par voie de conséquence et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée au préfet du Bas-Rhin qui n'a pas produit de mémoire en défense et n'a versé aucune pièce au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 15 mai 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience ;
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Caoudal, représentant M. A, non présent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en insistant sur la volonté du requérant de solliciter dès son interpellation le bénéfice d'une protection internationale, ce qui lui a été refusé au guichet de la préfecture lors de sa convocation en vue de l'enregistrement de sa demande d'asile, en raison de l'édiction de l'acte attaqué. Il est également souligné que le préfet n'a pas produit le procès-verbal d'audition en retenue.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant ivoirien né le 24 septembre 1995, a déclaré lors de son interpellation intervenue le 30 mars 2024 à l'initiative des services de la police aux frontières, être entré irrégulièrement sur le sol français le 6 juin 2023. Par un arrêté du 30 mars 2024, dont il demande l'annulation, le préfet du Bas-Rhin l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'une année en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions de la requête :
3. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Aux termes du paragraphe 1 de l'article 51 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux Etats membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union. () ".
4. Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
5. En l'espèce, M. A, qui a été placé en retenue pour vérification de son droit au séjour, expose avoir alors sollicité l'asile auprès des autorités ayant procédé à son interpellation en faisant état des risques encourus dans son pays d'origine du fait de son orientation sexuelle et ne pas avoir été informé de l'éventualité d'une mesure d'éloignement. Si le requérant ne pouvait sérieusement ignorer que l'irrégularité de sa situation l'exposait à une décision portant obligation de quitter le territoire, le préfet, pour sa part, ne verse pas au dossier le procès-verbal établi par les services de police le 30 mars 2024 dont il résulterait que le requérant n'aurait pas fait état de traitements contraires à la Convention européenne de sauvegarde de droits de l'homme ou d'une situation relevant de l'asile appelant la saisine de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, et dès lors que de telles informations auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire, le requérant est fondé à soutenir qu'il a été privé de son droit à être entendu, en méconnaissance de l'article 41, paragraphe 2, de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.
6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté pris le 30 mars 2024 par le préfet du Bas-Rhin.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que le préfet du Bas-Rhin ou le préfet territorialement compétent réexamine la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de sa notification et lui délivre, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour en procédant à l'effacement de l'intéressé aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.
Sur les frais liés au litige :
8. . A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Caoudal, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Caoudal de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, ladite somme sera versée au requérant.
.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du 30 mars 2024 par lequel le préfet du Bas-Rhin a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Bas-Rhin ou au préfet territorialement compétent de procéder au réexamen de la situation de M. A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour, et de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour ci-dessus annulée.
Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Caoudal renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Caoudal, avocate de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à M. A sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet du Bas-Rhin et à Me Caoudal.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
M. B La greffière
signé
L. Ben Hadj Messaoud
La République mande et ordonne au préfet du Bas-Rhin en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2402935
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026