lundi 6 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2402956 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre - 4/11 |
| Avocat requérant | BARKAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme A B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale.
Elle soutient que :
- elle appartient à la communauté kurde et été victime de persécutions de la part des autorités turques ;
- elle ne souhaite pas déposer de demande d'asile en Croatie, où elle a été victime de violences et où elle ne dispose pas de connaissances personnelles qui pourraient l'accueillir ;
- dans ce pays, elle ne pourra pas effectuer des démarches administratives dans de bonnes conditions et être prise en charge rapidement ;
- il incombe aux autorités françaises de retenir leur compétence exclusive pour sa demande d'asile ;
- son époux, qui est demandeur d'asile, est présent sur le territoire, ainsi que ses enfants qui y sont scolarisés. Plusieurs membres de sa famille résident en France sous le statut de réfugié, en particulier sa sœur qui l'héberge.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé, le 19 avril 2024, des pièces au dossier.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 30 avril 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :
- le rapport de Mme Marc ;
- les observations de Me Barkat, avocate commise d'office représentant Mme B, présente, assistée de Mme C, interprète en langue turque, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que l'arrêté contesté est entaché d'un défaut d'examen et d'une méconnaissance de l'article 17 du règlement 604/2013 car elle est enceinte ;
- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante turque née le 20 novembre 1990 à Mus, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile auprès des services du préfet de l'Essonne le 29 février 2024. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation des données dactyloscopiques centrales et informatisées du système Eurodac a révélé que les empreintes digitales de Mme B avaient été relevées le 19 août 2023 par les autorités de contrôle compétentes en Croatie alors que l'intéressée avait franchi irrégulièrement la frontière de cet État en venant d'un État tiers à l'Union européenne, et à l'occasion de l'enregistrement de demande de protection internationale dans ce pays. Saisies d'une demande de reprise en charge de Mme B, les autorités croates ont accepté cette requête, le 20 mars 2024. Par un arrêté du 28 mars 2024 dont la requérante demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités croates, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. À supposer que Mme B ait entendu invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il ressort des pièces du dossier que l'attestation de demande d'asile de son époux est expirée depuis le mois de novembre 2021, qu'il n'est pas contesté que la demande d'asile de ce dernier a été rejetée, et que la scolarisation des enfants du couple est récente. Ni la requérante ni son époux ne font état d'une quelconque insertion sur le territoire français. Si la requérante se prévaut de la présence en France de sa sœur, titulaire d'une carte de séjour, ou encore de plusieurs membres de sa famille, elle n'établit nullement la nécessité de sa présence à leurs côtés. Par suite, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine. Dès lors, il n'est pas établi que la préfète de l'Essonne, qui a suffisamment examiné la situation personnelle de la requérante, aurait porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a pris l'arrêté attaqué. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés du défaut d'examen et de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
4. En deuxième lieu, Mme B doit être regardée comme faisant valoir que l'examen de sa demande d'asile doit être pris en charge en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire. Toutefois, si la requérante fait valoir qu'elle a subi des menaces et des violences en Croatie, elle n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations et c'est en des termes généraux qu'elle évoque son vécu dans ce pays. En outre, si elle soutient qu'elle ne dispose d'aucune connaissances personnelles dans ce pays, et fait part de sa crainte de n'être pas prise en charge rapidement, ces éléments ne sont pas suffisants pour établir qu'elle ne serait pas accueillie par les autorités croates dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, alors que ce pays est un Etat membre de l'Union européenne, partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. De plus, si la requérante se prévaut de ce qu'elle est enceinte depuis le 17 novembre 2023, elle ne verse aucune pièce au dossier de nature à établir que cette grossesse présenterait un caractère pathologique. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 3, la requérante ne justifie pas de liens anciens et stables en France. Dans ces conditions, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire.
5. Aux termes, enfin, de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
6. Mme B fait valoir qu'elle appartient à la communauté kurde, qu'elle a été victime de persécutions de la part des autorités turques et doit être regardée comme faisant valoir que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, l'arrêté contesté n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner l'intéressée vers son pays d'origine mais seulement de prononcer son transfert en Croatie, État responsable de sa demande d'asile, alors qu'au demeurant, la requérante n'apporte aucune précision au sujet des circonstances de son ciblage par les autorités turques ou d'éléments de nature à établir ses allégations, lesquelles ne sont pas suffisamment circonstanciées. Par ailleurs, si elle fait valoir que plusieurs de ses proches bénéficient du statut de réfugié en France, il n'est pas démontré qu'il existe un lien de connexité entre leurs demandes d'asile et la sienne. Dans ces conditions, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7.Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté du 28 mars 2024 de la préfète de l'Essonne est illégal. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.
La magistrate désignée,
signé
E. MarcLa greffière,
signé
L. Ben Hadj Messaoud
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2402956
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026