vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403001 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | LEVY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 avril 2024, M. A B, représenté par Me Lévy, demande au tribunal :
1°) d'annuler à titre principal la décision du 7 mars 2024, par laquelle le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, à titre subsidiaire la décision du même jour portant obligation de quitter le territoire français, à titre très subsidiaire la décision fixant un délai de retour de trente jours et en tout état de cause la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de procéder au réexamen de sa demande d'admission au séjour et de le mettre en possession d'une autorisation provisoire de séjour et de travail, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- la décision de refus de titre de séjour a été prise par une autorité incompétente, la signataire de l'acte n'établissant pas avoir reçu délégation de signature, ni que celle-ci aurait été publiée ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de la situation particulière de l'intéressé, en particulier de son parcours personnel et de son insertion professionnelle ;
- elle est entachée d'erreur de fait, le préfet affirmant à tort que le premier titre de séjour salarié a été accordé " de façon frauduleuse ", alors qu'il avait obtenu un avis favorable de la DIRECCTE ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, le préfet ne s'étant pas prononcé sur tous les éléments de sa situation pour apprécier s'ils étaient susceptibles de caractériser des motifs exceptionnels ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle et familiale ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour qui en constitue le fondement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, en raison de sa vocation à obtenir un titre de séjour de plein droit sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'ayant pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de prendre cette mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire de trente jours :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, le délai de départ volontaire n'étant pas approprié à sa situation, et méconnaît l'article 7.2 de la directive retour 2008/115/CE du 16 décembre 2008 ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire :
- la décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant cru en situation de compétence liée par une précédente mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation ;
Par un mémoire en défense enregistré le 24 mai 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Mathou, rapporteure ;
- et les observations de Me Zaregradsky, pour le requérant, présent.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant marocain né en 2002, déclare être entré en France en 2016 alors qu'il était mineur. M. B s'est vu délivrer un titre de séjour mention salarié, valable du 16 juillet 2020 au 15 juillet 2021, dont le renouvellement lui a été refusé, refus dont la légalité a été confirmée par le tribunal de céans par jugement devenu définitif du 18 janvier 2022. Le 1er août 2023, M. B a demandé son admission au séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2024, par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur les moyens dirigés contre le refus de séjour :
2. D'une part, s'il appartient à l'autorité administrative de tenir compte de manœuvres frauduleuses avérées qui, en raison notamment de leur nature, de leur durée et des circonstances dans lesquelles la fraude a été commise, sont susceptibles d'influer sur son appréciation, elle ne saurait se dispenser de prendre en compte les circonstances propres à la vie privée et familiale de l'intéressé postérieures à ces manœuvres au motif qu'elles se rapporteraient à une période entachée par la fraude.
3. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France au début de l'année 2016 alors qu'il était âgé de quatorze ans. Il a suivi une scolarité en France de 2016 à 2020, a obtenu en 2018 un certificat de formation général, a effectué deux années de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en pâtisserie de 2018 à 2020, avant de travailler en apprentissage sous couvert d'une autorisation de travail de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE). Il a obtenu, à l'âge de dix-huit ans, un premier titre de séjour d'un an portant la mention " salarié " qui lui a été délivré par un agent de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye depuis lors condamné par le tribunal correctionnel pour avoir accordé de façon indue plus d'une centaine de titres de séjour. Si M. B se maintient en situation irrégulière, il n'a jamais cessé de travailler depuis qu'il a atteint sa majorité. Postérieurement au refus de renouvellement de son titre de séjour, le 9 septembre 2021, il justifie avoir travaillé de manière quasi continuelle pour des sociétés d'intérim, et en particulier d'avril 2022 à mars 2024, date de la décision attaquée. Eu égard à l'âge auquel il est entré en France, à sa présence de huit années sur le territoire, à son insertion professionnelle, M. B est fondé à soutenir que les décisions lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
4. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, l'arrêté du préfet des Yvelines du 7 mars 2024 refusant la délivrance à M. B d'un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire dans un délai de trente jours et lui interdisant de retourner sur le territoire français pendant un an, doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Le présent jugement implique nécessairement la délivrance à M. B d'un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un tel titre dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 7 mars 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou au préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement
Article 3 : Il est mis à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 13 juin 2024 à laquelle siégeaient :
- Mme Rollet-Perraud, présidente,
- Mme Mathou, première conseillère,
- Mme Milon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
signé
C. Mathou
La présidente,
signé
C. Rollet-Perraud La greffière,
signé
A. Lloria
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026