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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403052

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403052

jeudi 18 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantTOURE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 13 et 15 avril 2024, M. D C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et lui a interdit de revenir sur le territoire français pour une durée de 3 ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il a été privé de son droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière à défaut de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet du Val-d'Oise aurait dû examiner d'office s'il pouvait prétendre à un titre de séjour au titre de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été prise par une autorité incompétente à défaut de production d'une délégation régulière de signature ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision faisant obligation de quitter le territoire français et de la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire sur lesquelles elle se fonde ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa durée de présence sur le territoire français et de ses liens avec la France.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2024, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Chavet pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-21 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 18 avril 2024 qui s'est tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :

- le rapport de M. Chavet qui a soulevé d'office, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le moyen tiré de la substitution des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à celles du 5° du même article comme base légale de l'arrêté attaqué ;

- les observations de Me Touré, avocate désignée d'office représentant

M. C, présent, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens ;

- le préfet du Val-d'Oise n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant camerounais né le 29 avril 1980 déclarant être entré en France en 1992, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a assorti cette mesure d'éloignement d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par arrêté n° 23-071 du 22 décembre 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Val-d'Oise le même jour, le préfet du Val-d'Oise a donné délégation à M. E B, à l'effet de signer toutes décisions portant obligation de quitter le territoire français avec fixation ou non d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque ainsi en fait et doit par suite être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ".

4. Il résulte des dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, éclairées par les travaux préparatoire des lois du 16 juin 2011 et du 7 mars 2016 dont elles sont issues, que le législateur a entendu, en conformité avec la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, permettre à l'autorité administrative de prononcer sur ce fondement une obligation de quitter le territoire français à l'encontre des étrangers qui résident en France, régulièrement, depuis moins de trois mois, si leur comportement constitue une menace à l'ordre public.

5. Or, le préfet du Val-d'Oise a fondé l'obligation de quitter le territoire français sur le 5° de cet article L. 611-1 alors qu'il ressort des pièces du dossier que M. C, qui ne réside pas régulièrement en France depuis moins de trois mois, n'entrait ainsi pas dans le champ d'application des dispositions précitées. Par suite, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne pouvait être fondée sur le 5° de l'article L. 511-1.

6. Toutefois, il est constant que M. C, qui ne justifie de la régularité ni de son entrée ni de son séjour en France, entre dans le champ du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, ces dispositions peuvent être substituées à celles du 5° de l'article L. 611-1 dès lors que cette substitution de base légale, sur laquelle les parties ont été invitées à présenter leurs observations au cours de l'audience publique, ne prive l'intéressé d'aucune garantie et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

7. En deuxième lieu, il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, notamment de son arrêt C-383/13 M. A, N. R./Staatssecretaris van Veiligheid en Justitie du 10 septembre 2013, que tout manquement au droit d'être entendu lors d'une procédure administrative concernant un ressortissant d'un pays tiers en vue de son éloignement n'est pas de nature à entacher systématiquement d'illégalité la décision prise. En l'espèce, il ne résulte ni des éléments apportés par le requérant ni des pièces du dossier que la méconnaissance de son droit à être entendu sur la perspective de son éloignement l'a privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

8. En troisième lieu, lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être le sujet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre.

9. Dès lors, M. C, qui n'établit pas ni même n'allègue avoir demandé son admission exceptionnelle au séjour, n'est pas fondé à soutenir que la décision contestée méconnaitrait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En cinquième lieu, si M. C soutient être entré en France en 1992, il n'apporte au soutien de cette allégation aucun élément. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans charge de famille en France où il n'exerce aucune activité professionnelle. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

13. En second lieu, pour les motifs précédemment énoncés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi porte une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, la décision prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans mentionne que l'intéressé déclare être entré en France en 1992, être célibataire et avoir un enfant de 22 ans résidant au Cameroun. Elle indique que M. C constitue une menace pour l'ordre public en raison de la peine d'emprisonnement de trois ans prononcée à son encontre pour des faits de violences volontaires aggravées et de huit signalements pour des faits relatifs à des troubles à l'ordre public. Elle mentionne enfin que M. C a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécuté. Ainsi, cette décision est suffisamment motivée.

15. En deuxième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant refus interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.

17. Pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans, le préfet du Val-d'Oise a, ainsi qu'il a été dit, relevé que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge en France, ne justifiait pas de l'ancienneté de ses liens avec la France. Pour les motifs précédemment énoncés au point 10 du présent jugement, le moyen tiré de ce que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. C ne peuvent également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet du Val-d'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

N. Chavet

Le greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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