lundi 22 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403229 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DIENG |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2405095 du 16 avril 2024, le premier vice-président du tribunal administratif de Montreuil a transmis le dossier de la requête de M. A, enregistrée le 12 avril 2024, au tribunal administratif de Versailles.
Par cette requête, M. D A, représenté par Me Dieng Youma, avocate désignée d'office, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 10 avril 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.
Il soutient que :
- les décisions ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont entachées d'une insuffisance de motivation ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;
- les décisions sont entachées d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elles méconnaissent le principe du respect des droits de la défense ;
- elles méconnaissent l'intérêt supérieur de l'enfant ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 juillet 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 18 juillet 2024, en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de M. E, magistrat rapporteur ;
- les observations de Me Dieng Youma, avocate désignée d'office, représentant M. A, qui maintient les conclusions et moyens qu'elle précise et soutient en outre que le requérant est entré régulièrement en France, a exercé une activité professionnelle au titre de laquelle son employeur a été condamné à l'indemniser, qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public, que la décision de refus de délai de départ volontaire, dont elle sollicite également l'annulation, est entachée d'une erreur d'appréciation en ce qu'elle a retenu l'existence d'une menace à l'ordre public, que la décision d'interdiction de retour sur le territoire français, dont l'annulation devra nécessairement conduire à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, méconnait l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en ce qu'elle ne mentionne pas les quatre critères prévus par ces dispositions et est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- et les observations de M. A lui-même.
A l'issue de l'audience, la clôture de l'instruction a été différée au 19 juillet 2024 à midi.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant burkinabé né le 1er janvier 1985, est entré en sur le territoire français en 2013, selon ses déclarations. Par un arrêté du 10 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 61 du décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 : " L'admission provisoire peut être accordée dans une situation d'urgence, (). L'admission provisoire est accordée par () le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".
3. M. A, qui a présenté sa requête sans avoir recours à un avocat, a bénéficié lors de l'audience de l'assistance de l'avocat de permanence désigné par le bâtonnier. Le requérant n'a pas indiqué vouloir renoncer au bénéfice de cette commission d'office. Par suite, il n'y a pas lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle dans le cadre de la présente instance.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B C, chef du pôle instruction et mise en œuvre des mesures d'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, bénéficiant d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Saint-Denis en vertu d'un arrêté n° 2024-0859 du 22 mars 2024, régulièrement publié au bulletin d'information administrative de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.
5. En deuxième lieu, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, mentionnent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont elles font application. Elles indiquent avec suffisamment de précisions les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent. Ces considérations sont suffisamment développées pour mettre utilement M. A en mesure d'en discuter les motifs. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du principe du respect des droits de la défense, de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'intérêt supérieur de l'enfant sont dépourvus des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Ils doivent donc être écartés.
7. En quatrième lieu, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier et complet de la situation de M. A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. En l'espèce, si M. A établit que sa sœur est de nationalité française et réside en France, il ne justifie d'aucune autre attache sur le territoire français, alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside notamment son fils mineur, qu'il a été interpellé pour des faits de conduite sans permis et sans assurance et qu'il s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement du 6 mars 2023. Par ailleurs, si les pièces produites et les explications de l'intéressé au cours de l'audience publique, qui établissent notamment qu'il a réalisé plusieurs formations et a exercé une activité professionnelle pendant plusieurs mois, démontrent une volonté d'intégration, ces éléments demeurent insuffisants pour considérer que l'arrêté attaqué aurait porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.
10. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences des décisions sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de délai de départ volontaire :
11. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin, aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".
12. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise le 6 mars 2023, et qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police le 10 avril 2024 son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français. Par conséquent, si, ainsi qu'il le soutient, c'est à tort que le préfet de la Seine-Saint-Denis a considéré que son comportement constituait une menace pour l'ordre public, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ces éléments, qui justifiaient à eux-seuls la décision de refus de délai de départ volontaire. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision serait entachée d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées. Les moyens doivent être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois :
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
14. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet, qui n'est pas tenu de se prononcer expressément sur les critères prévus par les dispositions précitées qu'il ne retient pas, prend à l'encontre d'un étranger une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
15. En l'espèce, il ressort des explications de M. A au cours de l'audience publique corroborées par les pièces produites, qu'il justifie d'une présence en France au moins depuis l'année 2015, où réside sa sœur de nationalité française, qu'il a réalisé différentes actions et formations visant à son insertion professionnelle et a notamment exercé une activité professionnelle au sein de la société Aviland à compter du mois d'octobre 2020 jusqu'au mois de mai 2021, date de liquidation de la société qui a été condamnée par le conseil de prud'hommes de Morlaix à lui verser une indemnité à la suite de la requalification de son contrat de travail. Par ailleurs et contrairement à ce qu'a retenu le préfet, son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Par suite et dans les circonstances particulières de l'espèce, M. A est fondé à soutenir que la décision, en fixant la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à trente-six mois, est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et à en demander l'annulation.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 10 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
17. L'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trente-six mois prise à l'encontre de M. A implique nécessairement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen résultant de cette décision. Il y a lieu, dès lors, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre en œuvre la procédure d'effacement de ce signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 10 avril 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trente-six mois à l'encontre de M. A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre en œuvre la procédure d'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.
Le magistrat désigné,
Signé
F. ELe greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026