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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403335

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403335

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2404977 du 22 avril 2024, le magistrat désigné du tribunal administratif de Montreuil a transmis le dossier de la requête de M. D C au tribunal administratif de Versailles en application des articles R.776-15 et R. 776-16 du code de justice administrative.

Par une requête, enregistrée le 22 avril 2024, par deux mémoires complémentaires enregistrés les 22 et 29 avril 2024, et une pièce complémentaire enregistrée le 30 avril 2024, M. D C, représenté par Me Carles, actuellement retenu au centre de rétention de Plaisir, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé sa demande d'admission au séjour ;

3°) d'enjoindre à la préfecture de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L.614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de verser à Me Carles la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- le préfet a méconnu son droit d'être entendu ;

- cette décision est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

-elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale dans la mesure où elle est fondée sur une mesure d'éloignement qui est elle-même illégale ;

- elle méconnait son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est entachée d'une incompétence du signataire de l'acte ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation ;

- elle est illégale des lors qu'elle est également fondée sur une mesure d'éloignement elle-même illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation car le préfet s'est fondé sur le 5° de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire, alors qu'il présente des garanties de représentation suffisante ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale, car elle est fondée sur les décisions d'obligation de quitter le territoire français et de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire qui sont illégales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui a versé, le 29 avril 2024, des pièces au dossier et a produit un mémoire complémentaire le 30 avril 2024.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui a versé, le 29 avril 2024, des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme Marc pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles L. 614-6 et L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 avril 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme Marc,

- les observations de Me Carles, représentant M. C, présent, qui persiste en ses conclusions et moyens ;

- les observations Me Faugeras, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui persiste en ses conclusions ;

- le préfet de la Seine-Saint-Denis n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D C ressortissant angolais né le 26 février 2003 à Luanda, est entré en France en 2014. Par un arrêté du 30 mai 2022, notifié le 12 avril 2024, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande d'admission au séjour. Par un arrêté en date du 12 avril 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis a décidé du placement au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot de l'intéressé, qui a ensuite été transféré au centre de rétention administrative de Plaisir. M. C demande au tribunal l'annulation des arrêtés du 30 mai 2022 de la préfète du Val-de-Marne et du 12 avril 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. C, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur l'étendue du litige :

4. Conformément aux dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il n'appartient pas au magistrat désigné, saisi selon la procédure prévue aux articles R. 776-14 et suivants du même code, de se prononcer sur la légalité de la décision par laquelle l'autorité préfectorale refuse de délivrer un titre de séjour à un étranger. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 30 mai 2022 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé un titre de séjour au requérant sont renvoyées devant une formation collégiale de jugement. Au demeurant, le requérant ne soulève pas, au soutien de ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre l'arrêté du 12 avril 2024, de moyen tiré de l'exception d'illégalité du refus de séjour qui lui a été opposé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

5. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. A B, adjoint à la cheffe de bureau de l'éloignement de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, qui a reçu délégation du préfet à cette fin par un arrêté n° 2024-0402 du 12 février 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En second lieu, l'arrêté attaqué vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L.611-1 (3°), ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Il suit de là qu'il est suffisamment motivé en droit. Par ailleurs, l'arrêté mentionne les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, notamment son identité, sa date d'arrivée en France, le fait qu'il est entré en France sous-couvert d'un visa de type long séjour, qu'il a bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur valable du 20 août 2014 au 19 août 2019 puis qu'il a sollicité à sa majorité la délivrance d'une carte de résident en qualité d'enfant de français, qu'il a été condamné le 2 juillet 2021 par le tribunal judiciaire de Paris à 5 mois d'emprisonnement, et qu'il a fait l'objet de condamnations à des peines de prison par des jugements rendus le 18 août 2021 et le 26 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Bobigny. En outre, il est précisé qu'il est célibataire et sans charge de famille, la circonstance qu'il n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son pays d'origine. Au demeurant, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet n'était pas tenu de mentionner de manière exhaustive tous les éléments relatifs à la situation personnelle dont il entendait se prévaloir. En outre, il ne ressort pas des termes de cet arrêté, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. C avant d'édicter l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté litigieux, comme celui tiré du défaut d'examen, doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

8. En l'espèce, le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure d'éloignement et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à la décision l'obligeant à quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu et de la méconnaissance de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne doit être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. M. C justifie, certes, résider en France depuis 2014, et avoir effectué depuis lors sa scolarité sur le territoire français. Toutefois, s'il se prévaut de la présence en France de son père, de sa belle-mère et des membres de sa fratrie, il n'est pas établi que sa présence auprès d'eux serait indispensable. En outre, il ressort de l'arrêté contesté du préfet de la Seine-Saint-Denis que M. C a déclaré être célibataire et sans charge de famille, alors qu'au demeurant il ne justifie pas être dépourvu d'attaches en Angola. Par ailleurs, il est constant que M. C a été condamné le 2 juillet 2021 par le tribunal judiciaire de Paris à 5 mois d'emprisonnement pour des faits d'outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes ou habilité à constater les infractions à la police ou à la sûreté du transport, d'usage illicite de stupéfiants et menace de crime ou délit contre les personnes ou les biens à l'encontre d'un chargé de mission de service public. Il a été condamné le 18 août 2021 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine de 4 mois d'emprisonnement pour des faits de refus de remettre aux autorités judiciaires ou de mettre en œuvre la convention secrète de déchiffrement d'un moyen de cryptologie, transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisé de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, et il a été condamné le 26 décembre 2022 par le tribunal correctionnel de Bobigny à une peine de 10 mois d'emprisonnement pour notamment des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D. Dans ces conditions, en obligeant M. C à quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a pris cette décision et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de ce qui a été dit au point 10 que l'arrêté contesté n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen doit ainsi, pour les mêmes motifs, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés à l'encontre de la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

13. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".

14. Pour refuser d'assortir la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. C d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est notamment fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 612-2. Compte-tenu des éléments mentionnés au point 10, le comportement de M. C constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de départ volontaire.

15. En outre, il résulte de ce qui a été précédemment exposé que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

16. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

18. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement en France dès son plus jeune âge, qu'il y a poursuivi toute sa scolarité, et qu'il justifie avoir entamé, postérieurement à sa dernière incarcération, un parcours de réinsertion. A cet égard, il ressort de pièces du dossier qu'il s'est engagé auprès de l'association Emergence 93 afin de construire un projet professionnel, et qu'il a retissé des liens avec membres de sa famille présents sur le territoire, en particulier son père résidant à Champigny-sur-Marne ainsi que les autres membres de sa fratrie, lesquels le soutiennent dans ses efforts de réinsertion. Par suite, le préfet de la Seine-Saint-Denis, en fixant à cinq ans la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français opposée au requérant, a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et entaché cette décision d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions. Cette décision doit, ainsi, être annulée, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens dirigés contre elle.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à soutenir que l'arrêté du 12 avril 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis doit être annulé, en tant seulement que cet arrêté lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

20. Le présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution particulière. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

21. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par le requérant en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions dirigées contre l'arrêté du 30 mai 2022, notifié le 12 avril 2024, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Versailles.

Article 3 : L'arrêté du 12 avril 2024 du préfet de la Seine-Saint-Denis est annulé en tant seulement qu'il interdit à M. C le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet de la Seine-Saint-Denis et à la préfète du Val-de-Marne.

Lu en audience publique le 30 avril 2024.

La magistrate désignée,

signé

E. Marc La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2403335

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