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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403402

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403402

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL MONCONDUIT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 avril et 6 mai 2024, M. C, représenté par Me Monconduit, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a procédé au retrait de sa carte de séjour temporaire valable du 10 mars 2020 au 9 mars 2021 et des récépissés délivrée du 10 mars 2021 au 24 mars 2024, a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui restituer cette carte de séjour temporaire et ces récépissés et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans le délai de sept jours à compter de la date du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne les décisions de retrait de carte de séjour temporaire et de récépissés et de refus de renouvellement de titre de séjour :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- les décisions sont intervenues à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le droit d'être entendu et la procédure contradictoire prévue par l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ont été méconnus ;

- elles sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais commis de fraude ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour qui la fonde et dont il entend se prévaloir par la voie de l'exception ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gibelin, rapporteur,

- et les observations de Me Cabal de Brito, substituant Me Monconduit, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République du Congo né le 12 septembre 1981, entré en France le 16 novembre 2017, a sollicité le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 14 mars 2024, le préfet des Yvelines a procédé au retrait de sa carte de séjour temporaire valable du 10 mars 2020 au 9 mars 2021 et des récépissés délivrés du 10 mars 2021 au 24 mars 2024, a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours. L'intéressé demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

En ce qui concerne les décisions de retrait de carte de séjour temporaire et de récépissés et de refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits () ". Aux termes de l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté contesté comporte les considérations de droit et de fait constituant le fondement des décisions attaquées. En effet, après avoir rappelé les textes dont le préfet a fait application, l'arrêté énonce les éléments de fait relatifs à la situation personnelle et familiale de M. A. Il indique, en particulier, l'état civil du requérant et sa nationalité, la date alléguée de son arrivée en France et le fondement juridique des retraits et de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il expose, par ailleurs, les circonstances de fait propres à la situation du requérant ayant justifié ces décisions, notamment la circonstance qu'il se prévalait de sa relation avec une ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) le 17 février 2015, alors qu'il ne justifiait d'aucune communauté de vie avec celle-ci et qu'il est ressorti de l'enquête diligentée par les services de police qu'il avait quitté le domicile familial depuis le mois d'avril 2015. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir l'intéressé, et alors même que les motifs de l'arrêté attaqué ne reprennent pas l'ensemble des éléments caractérisant sa situation, les décisions répondent aux exigences de motivation posées par les dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il implique que le préfet, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision défavorable à ses intérêts, mette l'intéressé à même de présenter ses observations, de sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure avant qu'elle n'intervienne.

5. Lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, l'étranger, à l'occasion du dépôt de sa demande, est conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demande que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande, d'apporter à l'administration toutes les précisions qu'il juge utiles. Il lui est loisible, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux.

6. Si M. A soutient qu'il a été privé du droit d'être entendu, il ne se prévaut d'aucun élément pertinent qu'il aurait été empêché de faire valoir et qui aurait pu influer sur le contenu des décisions attaquées. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a été invité à présenter des observations préalablement aux décisions de retrait par un courrier du 14 février 2022 qui lui a été adressé à l'adresse connue du service, telle qu'elle figure notamment sur sa demande de renouvellement de titre de séjour et sur sa requête, et retourné à la préfecture le 4 mars 2022 avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, par ce courrier réputé avoir été régulièrement notifié, M. A a été mis à même de faire valoir, antérieurement à l'intervention des décisions de retrait en litige, ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ". Aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

8. En l'espèce, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 6 que M. A a été mis à même de faire valoir, préalablement à l'intervention des décisions de retrait en litige, ses observations. Le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure contradictoire doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas, avant de prendre les décisions contestées, procédé à un examen particulier de la situation de M. A. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

10. En cinquième lieu, si M. A soutient que les décisions sont entachées d'erreur de fait dès lors qu'il n'a jamais fait de déclaration frauduleuse quant à sa relation avec une ressortissante française, et allègue que tous les documents justifiant de son séjour en France ou de sa vie commune en attestent, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations alors qu'il ressort de l'enquête diligentée par les services de police que la partenaire de PACS du requérant a déclaré le 6 juillet 2021 ne pas savoir où vit M. A, qui a quitté le domicile conjugal depuis avril 2015, et souhaiter mettre un terme au PACS, ce que refuse le requérant qui y trouve un intérêt pour les démarches administratives. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

11. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 241-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () un acte administratif unilatéral obtenu par fraude peut être à tout moment abrogé ou retiré. ".

12. En l'espèce, pour les raisons précédemment exposées au point 10 et dès lors que M. A, qui ne produit aucune pièce, ne justifie ni de la durée de résidence en France alléguée, ni d'aucune attache ni d'aucune insertion sociale ou professionnelle sur le territoire français, alors que selon ses déclarations il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-six ans, il n'est pas fondé à soutenir que les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur sa situation personnelle. Les moyens doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

13. En premier lieu, la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour n'étant pas annulée par le présent jugement, le moyen tiré de l'annulation par voie de conséquence de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, pour les raisons précédemment exposées au point 12, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que celles, par voie de conséquence, à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

Le rapporteur,

signé

F. GibelinLa présidente,

signé

J. Lellouch

La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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