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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403418

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403418

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403418
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantAARPI ANGLADE & PAFUNDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 avril 2024, M. D A, représenté par Me Pafundi, demande au tribunal :

1°) de le faire bénéficier de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 28 mars 2024 notifié le 11 avril 2024 par laquelle le préfet des Yvelines l'a obligé de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 avec renonciation de son avocate à percevoir le montant de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;

- elle méconnait les stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense a communiqué au tribunal des pièces du dossier qui ont été enregistrées le 7 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique du 23 mai 2024, en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de M. C ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant mauritanien né le 31 décembre 1994 à Selibaby (Mauritanie), arrivé en France en 2021, s'est vu notifier le 11 avril 2024 l'arrêté du 28 mars 2024 du préfet des Yvelines pris sur le fondement de l'article L.611-1 4° du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Par décision du 22 décembre 2023, la Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours contre la décision du 31 août 2023 de l'Office de protection des réfugiés et des apatrides rejetant la demande de réexamen de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par arrêté n° 2024-00037 du 29 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, le préfet des Yvelines a donné à M. B, chef du bureau de l'asile, délégation pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté n'est pas fondé et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, et tout particulièrement les articles L. 611-1 4°, L.424-9 et L.424-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prendre l'arrêté et notamment les dates des décisions de la Cour nationale du droit d'asile de rejet de ses recours contre les décisions de rejet de l'OFPRA, ainsi que les éléments relatifs à sa vie privée et familiale et a considéré que la décision n'était pas contraire à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise également qu'aucune circonstance ne justifiait l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours. Dès lors, cet arrêté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté doit être écarté. Il ne résulte pas des termes de l'arrêté contesté, et alors même qu'il ne rappelle pas tous les éléments de la situation de M. A, que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de sa situation.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ( ) " et de l'article 3 de la convention précitée : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

6. Si M. A fait valoir qu'il encourt la peine de mort et l'exposition à des risques de traitements inhumains et dégradants en Mauritanie eu égard à son orientation sexuelle, il n'apporte aucun élément permettant d'établir de manière probante et circonstanciée qu'il encourrait personnellement la peine de mort ou des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine alors que les recours contre les décisions de l'OFPRA rejetant sa demande d'asile et sa demande de réexamen ont été rejetés par la Cour nationale du droit d'asile ainsi qu'il a été dit au point 1. La seule référence à des rapports internationaux traitant de la situation des personnes homosexuelles en Mauritanie ne permet pas au tribunal d'apprécier la réalité des risques personnellement encourus par M. A en cas de retour dans son pays d'origine. L'attestation établie le 18 janvier 2023 par l'association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l'immigration et au séjour destinée à la Cour nationale du droit d'asile n'apporte aucun élément de fait sur les risques encourus par M. A en cas de retour en Mauritanie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. Si M. A soutient avoir développé des attaches incontestables en France, il n'en rapporte pas la preuve, celle-ci ne pouvant résulter de l'attestation établie par l'association visée au point 5 en 2023 qui se borne à faire état de la participation de M. A à des activités organisées par celle-ci. Le moyen ne peut qu'être écarté.

9. Enfin il ne résulte pas de tout ce qui précède que le préfet des Yvelines ait entaché son arrêté du 28 mars 2024 d'une erreur manifeste d'appréciation. Il s'en suit que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée ainsi que ses conclusions à fin que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions des articles L.761-1du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-M C

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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