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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403437

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403437

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantPUECH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 avril 2024, M. B C, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 avril 2024, notifié le 24 avril 2024 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 mai 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

La présidente du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme E,

- les observations de Me Puech, avocat désigné d'office, représentant M. C, présent, qui fait valoir que l'auteur de la décision attaquée est incompétent, que la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il est en concubinage avec une ressortissante française, qu'il est le père de deux enfants et qu'il élève l'enfant de sa conjointe, avec laquelle il est locataire d'un appartement à Aubervilliers, qu'il travaille dans le secteur du bâtiment et de la sécurité, et s'occupe des enfants la journée pendant que sa compagne est en formation, il fait également valoir que l'arrêté attaqué est stéréotypé et démontre que la préfète n'a pas effectué d'examen réel de sa situation ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant ivoirien né le 31 juillet 1981 à Man (Côte d'Ivoire), s'est vu refuser la délivrance de son titre de séjour par un arrêté du préfet de Seine-Saint-Denis du 3 juillet 2020, confirmé par une décision du tribunal administratif de Montreuil du 9 novembre 2021. Par un arrêté du 2 avril 2024, notifié le 24 avril 2024, la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme A D, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, bénéficiant à cet effet d'une délégation de signature en date du 2 avril 2024, publiée au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n°91-2024-076 en date du 2 avril 2024. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque donc en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni des termes de l'arrêté attaqué, qui contient les éléments de droits et de faits sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée, que celle-ci n'aurait pas procédé à un examen approfondi de la situation de M. C au regard des éléments dont elle avait connaissance.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention de New York relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

5. En l'espèce, M. C se borne à se prévaloir, sans produire aucun document à l'appui de ses allégations, d'un concubinage avec une ressortissante française, dont il élèverait l'enfant et avec laquelle il aurait deux enfants. De plus, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné près de trente fois pour différents faits, tels que vols, simples ou aggravés par plusieurs circonstances, obtention frauduleuse de document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation, usage d'une fausse plaque sur un véhicule à moteur, rébellion. Dans ces conditions, eu égard à la fois au comportement délictueux de l'intéressé et à ses conditions de séjour en France, la préfète de l'Essonne n'a pas, en obligeant M. C à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale et n'a ainsi pas méconnu les stipulations précitées. Pour le même motif, elle n'a pas davantage méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des Nations Unies relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. E Le greffier,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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