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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403477

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403477

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403477
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantBEN YOUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2024, M. A B, représenté par Me Ben Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées portant refus d'admission exceptionnelle au séjour et obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées et révèlent une erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant à leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.

Des pièces complémentaires produites pour M. B ont été enregistrées les 1er et 4 septembre 2024, postérieurement à la date de clôture de l'instruction de cette affaire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République tunisienne en matière de séjour et de travail fait à Paris le 17 mars 1988 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Corthier, rapporteure,

- et les observations de Me Ben Younes, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 9 septembre 1984 en Tunisie, de nationalité tunisienne, est entré régulièrement en France le 3 juillet 2018. Il a sollicité, le 17 novembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné d'office. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien. Toutefois, bien que cet accord ne prévoit pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation

3. Il est constant que M. B est entré le 3 juillet 2018 sur le territoire national régulièrement sous couvert d'un visa de court séjour à entrées multiples et qu'il s'y est maintenu irrégulièrement depuis lors. Toutefois, dès le 1er septembre 2019, M. B a commencé à travailler au sein de l'entreprise Digitalcook en qualité de technicien informatique, à compter du 25 janvier 2022, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et a finalement été nommé sur un poste de chef de projet informatique à compter du 1er mai 2024, soit à peine deux semaines après l'intervention de la décision attaquée. En outre, M. B justifie du soutien constant de son employeur, la société Digitalcook, dans sa démarche de régularisation, dont le gérant a renseigné une nouvelle demande d'autorisation de travail pour un salarié étranger le 2 mai 2024 pour un emploi de technicien informatique, et un courrier du même jour confirmant le rôle essentiel joué par M. B au sein de cette entreprise depuis son recrutement. M. B, qui produit ses bulletins de salaire depuis son recrutement par Digitalcook en septembre 2019, justifie de revenus nets mensuels en constante augmentation, passant de 1 300 euros en septembre 2019, à environ 1 500 euros à compter de janvier 2022 pour atteindre près de 2 000 euros depuis sa dernière promotion, moins de deux semaines après l'intervention de la décision litigieuse, confirmant sa progression depuis près de cinq ans au sein de l'entreprise. M. B justifie également s'acquitter de ses impôts sur les revenus et disposer d'un logement stable dans le département des Yvelines. Dans ces conditions, compte tenu de la réalité et de la stabilité de son insertion professionnelle, de son évolution au sein de la société qui l'emploie et de l'ensemble de sa situation personnelle, et bien qu'il soit célibataire et sans charge de famille, M. B est fondé à soutenir que le préfet des Yvelines a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences du refus litigieux de procéder à sa régularisation en qualité de salarié sur sa situation personnelle.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision attaquée refusant de régulariser la situation administrative de M. B doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, accordant un délai de départ volontaire de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Eu égard à ses motifs, la présente décision implique nécessairement que le préfet des Yvelines, ou le préfet territorialement compétent, délivre à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié ", dans un délai de deux mois à compter de la date de sa notification et qu'il le munisse dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Sur les frais de l'instance :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement, à M. B, d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 16 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans un délai de deux mois à compter de la date de notification du présent jugement, et de le munir dans l'attente de ce réexamen d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibérée après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendue publique par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Corthier

La présidente,

signé

J. Lellouch La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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