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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403479

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403479

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403479
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantKOUASSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 avril 2024, M. A B, représenté par Me Kouassi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 avril 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir et d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de fait sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur de droit tirée du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Corthier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 27 mai 1978 au Cameroun, de nationalité camerounaise, est entré en France, selon ses déclarations, le 27 novembre 2005. Il a déposé le 21 janvier 2020 une demande de délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au titre de l'admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 avril 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

3. En présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels, et à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ".

4. Dans le cadre de cet examen, le préfet des Yvelines, après avoir relevé que l'ancienneté du séjour de M. B ne permettait pas à elle seule de caractériser des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel, a notamment pris en compte les circonstances que l'intéressé n'a pas effectué de démarche en vue de régulariser sa situation administrative de 2005 à 2010 et de 2015 à 2020, qu'il s'est soustrait à une mesure d'éloignement en 2015 et qu'il a été condamné à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis le 15 février 2017 par le tribunal de grande instance de Montargis pour des faits de faux documents administratifs constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et usage de faux documents administratifs. En prenant en considération de tels éléments, qui ont trait aux conditions de son séjour en France et à ses gages d'intégration, dans l'appréciation globale du bien-fondé de la demande d'admission exceptionnelle au séjour qui lui était soumise, le préfet des Yvelines n'a commis ni erreur de fait, ni erreur de droit.

5. Au soutien de sa demande de régularisation, M. B expose résider habituellement en France depuis le 27 novembre 2005, s'être intégré professionnellement par diverses activités salariées depuis 2011, maîtriser la langue française, être titulaire d'un diplôme d'agent des services de sécurité incendie et d'assistance à personnes (SSIAPI), d'un certificat d'aptitude à la conduite en sécurité (CACES) d'un chariot à conducteur porté, d'un certificat de qualification professionnelle d'agent de prévention en sécurité, et justifier d'un carte de donateur " médecin du monde ". Cependant, il ressort des pièces du dossier qu'il a obtenu en 2010 un premier titre de séjour pour raisons de santé, renouvelé jusqu'en 2014 et qu'il a ensuite fait l'objet, par un arrêté du 3 octobre 2014, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif d'Orléans et qui n'a pas été exécutée. Il justifie de plusieurs contrats de travail, essentiellement en qualité d'agent de sécurité incendie, et était titulaire à la date de l'arrêté attaqué d'un contrat à durée déterminée d'une durée de huit mois à temps partiel, à hauteur de 110 heures par mois, à compter du 1er janvier 2024 en qualité d'agent de soins à domicile. En outre, si M. B déclare que ses cinq frères ou sœurs résident en France, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Cameroun, où il a vécu jusqu'à l'âge de 27 ans et où résident ses parents, sa femme et ses deux enfants. Enfin, M. B ne peut utilement se prévaloir d'une instruction ministérielle relative à l'expulsion prise en application de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration dès lors que l'arrêté attaqué n'a pas un tel objet. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et à supposer que M. B entende invoquer le moyen selon lequel le préfet des Yvelines aurait entaché cet arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les éléments relatifs à son parcours et à son insertion sociale depuis son entrée en France qu'il met en avant ne suffisent pas à établir que le préfet des Yvelines aurait commis une telle erreur manifeste d'appréciation en estimant qu'il ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels justifiant son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de ces dispositions.

6. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet des Yvelines n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle et familiale de M. B. Par suite, le moyen de l'erreur de droit tiré d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ne peut qu'être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte de cette même requête.

Sur les frais de l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

10. Par ailleurs, à défaut de dépens engagés en l'espèce, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne pourront également qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,

M. Gibelin, premier conseiller,

Mme Corthier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

Z. Corthier

La présidente,

signé

J. Lellouch La greffière,

signé

A. Gateau

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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