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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403526

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403526

mardi 18 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403526
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Cergy-Pontoise le 23 avril 2024, puis transmise et enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 26 avril 2024, et un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 29 mai 2024, M. B A, représenté par Me Haik, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté n'a pas été signé par un auteur compétent ;

- il ne respecte pas le principe du contradictoire ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il est entaché d'erreurs de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans les conséquences qu'il peut avoir sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 mai 2024, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés et sollicite une substitution de motif en ce que les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit substituées à celles du 2° du même article.

La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme ;

- la convention internationale de New-York ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 30 mai 2024 qui s'est tenue en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière :

- le rapport de Mme C,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant ivoirien né le 1er janvier 1976 à Lakota (Côte d'Ivoire) serait entré en France en 2012 muni d'un titre de séjour italien selon ses déclarations. Par un arrêté du 22 avril 2024, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que, pour prendre à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai avec fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet des Hauts-de-Seine s'est fondé sur la circonstance que M. A ne démontre pas être entré sur le territoire français de manière régulière, qu'il a dépassé la durée de validité de son titre de séjour et qu'il se maintient depuis cette date sur le territoire français. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A est titulaire d'un titre de séjour italien, délivré le 4 juillet 2023 et valable jusqu'au 4 juillet 2033. Ainsi, M. A est titulaire d'un titre de séjour italien en cours de validité, lequel est produit à la présente procédure. Or, ni l'arrêté en litige du préfet des Hauts-de-Seine ni les écritures en défense présentées par cette autorité dans le cadre de l'instance, ne font état de cette autorisation de séjour dans un pays membre de l'espace Schengen. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que la mesure d'éloignement qu'il conteste a été prise sans examen de sa situation et est, de ce fait, entachée d'insuffisance de motivation et d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision faisant à M. A obligation de quitter le territoire français doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions subséquentes contenues dans l'arrêté en litige du 22 avril 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction

4. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement que le préfet des Hauts-de-Seine procède à un nouvel examen de la situation administrative de M. A. Par suite, il y a lieu de prononcer une injonction en ce sens, en l'assortissant d'un délai de deux mois pour y satisfaire sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer une astreinte. En outre, et conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation provisoire de séjour doit être délivrée à M. A.

Sur les frais de l'instance :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a fait obligation à M. A de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de son renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de procéder au réexamen de la situation de M. A dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir, dans l'intervalle, d'une autorisation provisoire de séjour dès notification du jugement.

Article 3 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine de mettre en œuvre, sans délai, la procédure d'effacement du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (MILLE) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Hauts-de-Seine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. C La greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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