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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403571

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403571

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403571
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantMOPO KOBANDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, Mme C E, représentée par Me Mopo Kobanda, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ainsi que la décision par laquelle elle a fait l'objet d'un signalement au fichier informatisé dit " système d'information Schengen " ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer sa situation et de la munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour et de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour a été prise au terme d'une procédure irrégulière, dès lors que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) est entaché d'irrégularité ;

- le dossier médical au regard duquel le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis ne lui a pas été transmis ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français méconnaissent les dispositions de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et reposent sur des faits matériellement inexacts.

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2024 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Vaillant, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 16 juin 1946, est entrée en France le 2 mai 2023, munie d'un visa de court séjour. Le 7 décembre 2023, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, eu égard à son état de santé. Par un arrêté du 25 mars 2024, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. La requérante demande au tribunal d'annuler ces décisions ainsi que celle par laquelle elle a fait l'objet d'un signalement au fichier informatisé dit " système d'information Schengen " .

Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil spécial n° 78-2024-083 des actes administratifs de la préfecture des Yvelines, le préfet de ce département a donné délégation à Mme Martiniano, secrétaire générale de la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye et signataire de l'arrêté attaqué du 25 mars 2024, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. D, sous-préfet de Saint-Germain-en-Laye, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement des étrangers. Il n'est pas établi ni même allégué que M. D n'aurait pas été absent ou empêché à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur le refus de séjour :

3. En premier lieu, en se bornant à faire valoir que l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration serait irrégulier, la requérante, qui n'a présenté aucune observation complémentaire à la suite de la communication de cet avis par le préfet, n'assortit pas ce moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () "

5. Le préfet s'est approprié les conclusions sans pour autant s'estimer lié par lui, le collège de médecins de l'OFII a considéré que l'état de santé de Mme E nécessitait une prise en charge médicale mais que le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité. La requérante justifie d'une prise en charge médicale, en France, pour des troubles psychologiques, se caractérisant par des consultations régulières avec un psychologue. Or, si une attestation du Dr B A, psychologue, indique que Mme E " évoque ", outre des troubles du sommeil et un état d'anxiété et d'angoisse, " des idées de suicide ", ce même médecin indiquait, au terme du volet B du certificat médical confidentiel transmis au service médical de l'OFII, une évolution favorable de son état de santé, l'intéressée ne présentant alors plus de troubles du sommeil, ni idées suicidaires, ni état d'anxiété et d'angoisse. Si la requérante soutient que cette amélioration s'expliquerait exclusivement par sa réunion avec sa fille et ses petits-enfants en France, ces allégations ne sont étayées par aucun élément suffisamment précis et circonstancié. Enfin, en dépit de la circonstance que la requérante peut être regardée comme ayant entendu lever le secret médical s'agissant de son état de santé, aucun élément du dossier et argument de Mme E ne justifie la mise en œuvre des pouvoirs d'instruction du tribunal afin de se faire communiquer l'entier dossier médical au regard duquel le collège de médecins de l'OFII a rendu son avis. Par suite, en ayant considéré, au regard notamment de l'avis émis par le collège de médecin de l'OFII, que le défaut de prise en charge de l'état de santé de Mme E ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité, le préfet des Yvelines n'a ni entaché sa décision d'erreur de droit ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. D'une part, Mme E se borne à se prévaloir de la présence en France de sa fille. Il ressort toutefois des pièces du dossier que son entrée en France demeurait très récente à la date de la décision litigieuse, qu'elle a vécu jusqu'à l'âge de soixante-dix-sept ans dans son pays d'origine, où réside l'un de ses fils. Dans ces conditions, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour, le préfet des Yvelines n'a pas porté au droit de Mme E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. D'autre part, la requérante n'établit pas qu'elle aurait informé l'autorité préfectorale du décès de ses parents en République démocratique du Congo, alors qu'elle a indiqué, à l'occasion de sa demande de titre de séjour, que ses parents résidaient dans ce pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, en tout état de cause, le moyen tiré de l'erreur de fait, doivent être écartés.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, les moyens, dirigés contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur de fait, doivent être écartés.

Sur le pays de destination :

9. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les considérations de fait qui fondent, notamment, la décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

11. Mme E soutient qu'elle est la belle-sœur de l'ex-chef d'Etat de la République démocratique du Congo, alors République du Zaïre, Joseph-Désiré Mobutu, qu'elle a fui avec celui-ci au Maroc et qu'elle a été spoliée de ses biens dans son pays d'origine. Cependant, à supposer même que ce lien familial soit établi, la requérante n'apporte aucun élément de nature à établir la réalité des sévices qu'elle aurait subis en République démocratique du Congo ou des risques actuels qu'elle encourrait dans ce pays, où elle déclare elle-même avoir vécu après la mort de Joseph-Désiré Mobutu en 1997. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 25 mars 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ni, en tout état de cause, de la décision par laquelle elle a fait l'objet d'un signalement au fichier informatisé dit " système d'information Schengen ". Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Frédéric Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. Le Vaillant

Le président,

Signé

O. MaunyLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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