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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403585

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403585

jeudi 24 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403585
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantKANZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 avril 2024, Mme C D, représentée par Me Kanza, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler la décision, contenue dans l'arrêté du 28 mars 2024, par laquelle la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour, et à titre subsidiaire, d'annuler la décision, contenue dans l'arrêté du 28 mars 2024, par laquelle la préfète de l'Essonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire, dans le délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à titre subsidiaire, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour, le tout sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) en tout état de cause, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros en application du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme D soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par une ordonnance du 24 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 31 août 2024 à 12h.

Vu les autres pièces du dossier, notamment celles produites par Mme D, enregistrées le 12 mai 2024 et le 23 juillet 2024.

Un mémoire en défense de la préfète de l'Essonne, enregistré le 10 octobre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Vaillant, conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante de la République du Congo née le 19 mai 1991, est entrée en France au début de l'année 2021, munie d'un visa de long séjour valant titre de séjour, en qualité d'étudiante. Ce titre de séjour a été renouvelé, pour la dernière fois, jusqu'au 15 octobre 2023. Le 24 septembre 2023, Mme D a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par l'arrêté attaqué du 28 mars 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Mme D a sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle le 26 avril 2024. Eu égard à l'urgence qui s'attache au jugement de la requête de Mme D, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-084 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne n° 91-2024-052 du même jour, la préfète de ce département a donné délégation à M. B A, sous-préfet de Palaiseau, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Palaiseau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions litigieuses attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

Sur le refus de séjour :

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise notamment les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne les considérations de fait propres à la situation de Mme D, qui constituent le fondement de la décision portant refus de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

6. Mme D a été inscrite, à compter du mois de janvier 2021, au sein de l'établissement ISEK, en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) " comptabilité et gestion ", qu'elle a validée avec une moyenne de 10,8 sur 20. Pour l'année 2021 - 2022, elle était toutefois à nouveau inscrite en première année de BTS " comptabilité gestion ", au sein de l'établissement d'enseignement supérieur IMCP, au titre de laquelle elle se borne à justifier de l'obtention d'une moyenne générale de 7,03 sur 20, inscrite sur un relevé de notes intitulé " examen février 2022 ", sur lequel figure l'appréciation " AJOURNÉE. Les résultats sont très insuffisants et hétérogènes ". Au titre des années suivantes, la requérante ne produit aucune pièce relative à la poursuite de ses études supérieures. L'arrêté attaqué fait seulement mention d'une inscription aux cours de préparation au bachelor " gestionnaire ressources humaines " de " l'Ecole Tourangelle Supérieure " pour 2022 - 2023 puis d'une nouvelle réorientation, pour l'année 2023 - 2024 en première année de licence " théologie " à " l'Institut Protestant de Théologie ". La requérante se borne à soutenir que l'autorité préfectorale aurait dû renouveler son titre de séjour en qualité d'étudiante et, si elle produit des documents médicaux ainsi que la preuve de la naissance de son enfant le 18 octobre 2022, elle n'apporte aucune justification supplémentaire au soutien de ces éléments, qui ne sont pas à eux seuls de nature à justifier l'insuffisance de ses résultats académiques et l'absence de toute progression dans ses études. Par suite, c'est sans faire une inexacte application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de l'Essonne a considéré, pour refuser à Mme D le renouvellement de son titre de séjour sur ce fondement, qu'elle ne justifiait pas du sérieux dans la poursuite de ses études. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de la requérante, qui n'est assorti d'aucune précision supplémentaire, doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

8. En deuxième lieu, dès lors que les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont relatives aux conditions de délivrance d'un titre de séjour, le moyen tiré de leur méconnaissance, dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, est inopérant.

9. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur la situation personnelle de la requérante doit être écarté.

Sur le pays de destination :

10. Mme D se borne à soutenir que la décision fixant le pays de destination, plus particulièrement en tant qu'elle n'exclut pas le pays dont elle a la nationalité, la République du Congo, l'exposerait à des risques pour sa vie ou sa liberté et qu'elle y serait exposée à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants, sans toutefois apporter aucune justification quant à la réalité ou l'actualité de tels risques. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 mars 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme D est provisoirement admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Séverin Kanza et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. LE VAILLANT

Le président,

Signé

O. MAUNYLa greffière,

Signé

C. BENOIT-LAMAITRIE

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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