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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403587

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403587

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403587
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantHAIK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2024, M. D A, représenté par Me Haik, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions, contenues dans l'arrêté du 28 mars 2024, par lesquelles la préfète de l'Essonne a refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " étudiant " ou " vie privée et familiale " ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que les décisions attaquées :

- ont été signées par une autorité incompétente ;

- sont insuffisamment motivées en fait ;

- sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- méconnaissent les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

Par une ordonnance du 30 avril 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2024.

Un mémoire en défense de la préfète de l'Essonne, enregistré le 11 septembre 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Le Vaillant, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant sénégalais né le 2 septembre 1998, est entré en France le 2 octobre 2019, muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour, mention " étudiant ". Son titre de séjour en qualité d'étudiant a été renouvelé et il s'est vu délivrer, en dernier lieu, une carte de séjour temporaire valable du 3 décembre 2020 au 2 décembre 2021. Le 30 septembre 2021, M. A a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Par un arrêté du 28 mars 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. A demande l'annulation des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-084 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne n° 91-2024-052 du même jour, la préfète de ce département a donné délégation à M. C B, sous-préfet de Palaiseau, à l'effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans l'arrondissement de Palaiseau, à l'exception de certains actes dont ne font pas partie les décisions litigieuses attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne les considérations de fait qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, en particulier eu égard aux études poursuivies par M. A. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que la préfète de l'Essonne, à qui il n'appartenait pas de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation personnelle de M. A, a procédé à un examen particulier de cette situation, notamment en ce qui concerne la poursuite de ses études. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an. " Le renouvellement d'une carte de séjour en qualité d'étudiant est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études poursuivies.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été inscrit pour l'année universitaire 2019 - 2020 à l'établissement d'enseignement supérieur technique privé ESAM, en 2ème année de bachelor professionnel " responsable en gestion et développement d'entreprise ", qu'il a validée. Il a également suivi, au sein de ce même établissement, une formation intitulée " bachelor 2 - management gestion international ", de février à août 2020, dont il n'indique pas l'issue. Au cours de l'année universitaire 2020 - 2021, M. A a été inscrit à l'Université Paris-Est Créteil (UPEC), en première année de préparation d'un diplôme universitaire de technologie " informatique ", au terme de laquelle il a été ajourné, avec des résultats, à tout le moins au premier semestre, inférieurs à la moyenne dans la qualité totalité des matières. Pour l'année universitaire 2021 - 2022, il a été inscrit à l'Université Paris Cité en troisième année de licence " économie et gestion ", qu'il n'a pas validée. Au titre de l'année universitaire 2022 - 2023, il a à nouveau été inscrit dans cette formation. Enfin, pour l'année universitaire 2023 - 2024 et à la date de l'arrêté litigieux, M. A était inscrit au sein de l'établissement d'enseignement privé EPB - BTS et Bachelor, en formation " bachelor gestion et finance ". Le requérant fait valoir, afin de justifier ses échecs successifs, que sa situation administrative, marquée par une durée d'instruction de plus de deux ans de sa demande de renouvellement de titre de séjour, est à l'origine de troubles psychologiques et l'a empêché de conclure un contrat d'alternance. Cependant, pour regrettable que soit une telle durée d'instruction, d'une part, M. A ne fait état d'aucun élément suffisamment précis et circonstancié relatif à l'impact qu'aurait eu son état psychologique sur le déroulement de ses études et, d'autre part, à supposer même que sa situation administrative ait eu des conséquences sur sa capacité à conclure un contrat d'alternance, ce qu'il n'établit par aucune pièce, il se borne à se prévaloir de ces difficultés pour expliquer son échec au titre de l'année 2022 - 2023, après s'être déjà réorienté deux fois et n'avoir validé aucune année de formation depuis 2020. Enfin, s'il soutient que la formation qu'il poursuit, au sein de l'établissement EPB - BTS et Bachelor, au titre de l'année 2023 - 2024, correspondrait à une troisième année, l'unique certificat de scolarité qu'il produit ne permet pas de l'établir. Par suite, c'est sans méconnaitre les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la préfète de l'Essonne a considéré, pour refuser à M. A le renouvellement de son titre de séjour sur ce fondement, qu'il ne justifiait pas du sérieux dans la poursuite de ses études.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

8. M. A est entré en France en octobre 2019, dans le but d'y poursuivre des études supérieures. Ainsi qu'il a été dit au point 6, il ne justifie pas, après plus de quatre ans d'études, du caractère sérieux de celles-ci. S'il a résidé de manière régulière depuis son entrée sur le territoire français, les titres de séjour dont il a bénéficié en qualité d'étudiant ne lui donnait pas vocation à y demeurer durablement. Par ailleurs, s'il se prévaut de la présence en France d'un proche, qui l'héberge, ainsi que de sa sœur, il ne fait état d'aucune autre attache familiale sur le territoire, où il est célibataire et sans charge de famille, ni d'aucune insertion sociale particulière. De plus, il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans au Sénégal, où vit une partie de sa famille selon ses propres déclarations. Dans ces conditions, en ayant refusé de lui délivrer un titre de séjour et en l'ayant obligé à quitter le territoire français, la préfète de l'Essonne n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ces décisions sur la situation personnelle du requérant, doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions, contenues dans l'arrêté du 28 mars 2024, par lesquelles la préfète de l'Essonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,

M. Frédéric Lutz, premier conseiller,

M. Le Vaillant, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

Le rapporteur,

Signé

A. Le Vaillant

Le président,

Signé

O. MaunyLa greffière,

Signé

C. Benoit-Lamaitrie

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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