Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403601
vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2403601 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BOND |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n°493295 du 26 avril 2024, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a transmis au tribunal administratif de Versailles la requête de Mme C.
Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 29 avril 2024, Mme A , représenté par Me Bond, demande au juge des référés :
1°) d'enjoindre, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à la préfète de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas présenté d'observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Delage, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante camerounaise, née le 29 juillet 2001, est entrée sur le territoire français en 2014 et a été scolarisée en France de 2014 à 2020. Elle expose s'être connectée régulièrement en 2021 au site internet de la sous-préfecture de Palaiseau pour prendre un rendez-vous en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour, en vain, puis, en 2022, auprès de la préfecture d'Evry. Elle a ainsi déposé une demande de rendez-vous sur le site " démarches-simplifiées.fr " le 3 mars 2022 mais n'ayant aucune réponse de la préfecture, elle a effectué une relance en août 2023 qui n'a pas abouti.
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a pu déposer, le 3 mars 2022, son dossier de demande de rendez-vous pour une admission exceptionnelle au séjour via le site de " démarches simplifiées ". Cette demande est actuellement en cours de traitement. Mme A fait valoir qu'elle réside en France depuis 2014, auprès de sa mère qui est de nationalité française, ainsi qu'avec ses trois frères. Elle fait également valoir que l'absence de régularité de son séjour malgré les démarches entreprises préjudicie à son parcours d'étude et son insertion professionnelle. Dans ces circonstances particulières, et eu égard au délai de traitement de la demande de la requérante et à la durée de sa présence continue en France, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées doit être regardée comme satisfaite. En outre, dans ces mêmes circonstances et au regard des conséquences de la détention d'un titre de séjour, la mesure sollicitée, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative, présente un caractère d'utilité.
6. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de recevoir l'intéressée afin de lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a toutefois pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme A afin de lui permettre de procéder à l'enregistrement de sa demande de titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance en vue de la régularisation de sa situation.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme C, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Fait à Versailles, le 31 mai 2024.
Le juge des référés,
signé
Ph. Delage
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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