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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403768

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403768

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403768
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMOPO KOBANDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024, M. A B, représenté par Me Mopo Kobanda, demande au tribunal d'annuler les arrêtés par lesquels le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an.

Il soutient que :

- L'arrêté est entaché d'incompétence ;

- Contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté, il est entré régulièrement en France muni d'un visa délivré par l'ambassade de France à Alger, valable du 28 décembre 2023 au 26 mars 2024 ;

- Le préfet n'a pas suffisamment motivé son arrêté, n'a procédé à aucune analyse personnelle de sa situation et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- L'arrêté a également méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il se trouve sur le territoire français en compagnie de son épouse et de leur fille ;

- La décision fixant le pays de destination est illégale car il est kabyle et a été obligé de quitter l'Algérie pour permettre à sa famille de vivre dans un environnement sécurisant et sûr.

Le préfet des Yvelines a produit des pièces le 28 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien en date du 27 décembre 1968 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme D pour statuer sur les requêtes relevant aux procédures prévues à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu, au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 juin 2024, en présence de Mme Ben Hadj Messaoud, greffière d'audience:

- le rapport de Mme D,

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né le 20 novembre 1981 à Ain El Hammam (Algérie), est entré en France le 20 février 2024. Par un arrêté en date du 2 mai 2024, le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an en l'informant qu'il faisait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. M. A B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, M. Julien Bertrand, conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer, directeur des migrations, a reçu, par un arrêté du préfet des Yvelines en date du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, pour signer les décisions attaquées qui relèvent des attributions de la direction des migrations. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté expose les circonstances de droit et de fait propres à la situation personnelle de M. A B, dont les éléments sur lesquels le préfet des Yvelines s'est fondé pour l'obliger à quitter sans délai le territoire français, pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour prendre une décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Dès lors, il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées, qui sont suffisamment développées pour permettre au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier, que le préfet des Yvelines ne se serait pas livré à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. A B. Ce moyen doit ainsi être écarté.

5. En quatrième lieu, si le préfet a indiqué dans son arrêté que M. A B ne peut justifier être entré régulièrement en France alors qu'il a produit un visa délivré par l'ambassade de France à Alger valable du 28 décembre 2023 au 26 mars 2024, le préfet s'est également fondé sur la circonstance que l'intéressé n'a pas sollicité de titre de séjour depuis son arrivée en France. Il ressort des pièces du dossier que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul second motif. Le moyen tiré de l'erreur de fait doit donc être écarté.

6. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. A B fait valoir qu'il vit en France avec son épouse et leur enfant, de même nationalité que lui et dans la même situation administrative, rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. A B doit être écarté.

En ce qui concerne l'autre moyen dirigé contre la décision fixant le pays de destination :

8. M. A B, qui se borne à faire valoir qu'il est kabyle et qu'il a été contraint de quitter l'Algérie pour permettre à sa famille de vivre dans un environnement sécurisant, ne fait état d'aucun risque en cas de retour dans son pays d'origine.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B ne peut qu'être rejetée.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La magistrate désignée,

signé

Ch. D Le greffier,

signé

L. A Hadj Messaoud

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2403768

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