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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2403857

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2403857

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2403857
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSUCHY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 janvier 2024 au tribunal administratif de Montreuil, et transmise par ordonnance du 16 mai 2024 du président de la 2ème chambre de ce tribunal, au tribunal administratif de Versailles qui l'a enregistrée le 7 mai 2024, M. C D, alors détenu à la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, représenté par Me Herrero, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2024 par lequel le préfet de Seine-Saint-Denis l'a obligé de quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant deux ans avec inscription dans le fichier Schengen ;

2°) d'enjoindre le préfet à lui délivrer une carte de séjour temporaire ou à défaut à réexaminer sa situation avec délivrance d'un titre provisoire de séjour, le tout dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de condamner le préfet de Seine-Saint-Denis à lui régler la somme de 2 000 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :

- est entachée de motivation insuffisante ;

- ne repose pas sur un examen sérieux de sa situation ;

- viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors notamment qu'il est entré en France en étant mineur ;

la décision lui refusant un délai :

- est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie d'un domicile et bénéfice de garanties de représentation ;

la décision lui interdisant le retour sur le territoire français :

- méconnait les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant dès lors qu'il est entré comme mineur en France et que ses enfants se trouvent en France.

les décisions fixant le pays de retour et portant inscription dans le système Schengen :

- sont illégales par voie d'exception.

Par un mémoire enregistré au tribunal le 10 juin 2024, le préfet de Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 juin 2024 en présence de M. Ileboudo, greffier d'audience :

- le rapport de M. B ;

- les observations de Me Suchy, avocate de permanence, représentant M. D, présent, assisté de Mme A, interprète de la langue anglaise, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient en outre que M. D, est père de trois enfants dont un mineur, qu'il est établi en France comme ses enfants et travaille dans l'hôtellerie ce qui entache d'erreur manifeste d'appréciation l'arrêté attaqué et tout particulièrement la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français ;

- les observations de M. D ;

- le préfet de Seine-Saint-Denis ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant philippin, né le 23 février 1978 à Cainta Rizal (Philippines), est entré en France en 2004. Il a été interpellé le 26 janvier 2024 pour infractions à la législation sur les stupéfiants et s'est vu notifier l'arrêté du 27 janvier 2024 du préfet de Seine-Saint-Denis pris sur le fondement du 1° de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors qu'il était détenu à Fleury-Mérogis.

Sur la décision faisant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision litigieuse vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D, et notamment les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, comme son maintien en France sans demande de titre de séjour au-delà du délai de trois mois après son arrivée en France en 2003, la menace pour l'ordre public que constitue son comportement du fait de son interpellation pour infraction à la législation sur les stupéfiants, le 26 janvier 2024 et enfin de l'absence de justification de l'intensité, de la pérennité et de la stabilité de sa vie familiale. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment des mentions de la décision contestée du 27 janvier 2024, que le préfet, qui n'était pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments tenant à la situation particulière de M. D, a procédé à un examen particulier de sa situation personnelle avant de l'obliger à quitter le territoire français.

3. En deuxième lieu, aux termes du 1° de de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;() ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

4. M. D allègue être arrivé en France en tant que mineur, être établi en France, être père de trois enfants présents en France dont un mineur, mais il ne produit aucun justificatif au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, il n'établit ni que le préfet a porté une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, ni qu'il a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision de refus d'un délai de départ volontaire :

5. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : ()3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".

6. Si M. D soutient dans ses écritures qu'il justifie d'un domicile il n'en rapporte pas la preuve. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que la décision lui refusant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / ( ). ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

9. Pour les raisons précédemment exposées notamment au point 4 M. D, qui déclaré entré en France en 2003 et s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français, ne peut se prévaloir d'attaches privées ou familiales d'une intensité particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, le préfet de Seine-Saint-Denis, a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, assortir l'arrêté attaqué d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

Sur les frais du litige :

10. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet de Seine-Saint-Denis n'a entaché son arrêté du 27 janvier 2024 d'aucune erreur manifeste d'appréciation. Il s'en suit que la requête de M. D ne peut qu'être rejetée dans toutes ses conclusions en annulation, y compris celles dirigées contre la décision fixant le pays de retour et celle portant inscription dans le système d'information Schengen dès lors qu'aucune décision de l'arrêté contesté n'est illégale, comme en injonction ainsi que dans celles tendant à ce que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet de Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

Le magistrat désigné,Le greffier,

SignéSigné

J-M B J. Ileboudo

La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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