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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404177

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404177

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404177
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantCLORIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mai 2024 et le 19 juillet 2024, Mme D A C, représentée par Me Cloris, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 avril 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de 2 mois à compter de la décision à venir, et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation ; dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 7 jours à compter du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été pris par une autorité incompétente ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et méconnaît l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'illégalité à raison de l'illégalité du refus de séjour qui en constitue le fondement ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 20 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Lutz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A C, ressortissante camerounaise née le 26 mars 1991, déclare être entrée en France en 2018 sous couvert d'un visa de type C délivré par les autorités allemandes. Le 12 janvier 2023, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salariée sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 22 avril 2024, dont Mme A C demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

3. La requérante, présente en France depuis 2018, établit par la production de l'intégralité de ses bulletins de paie et l'attestation de son employeur, travailler depuis le 1er juin 2019, sous contrat à durée indéterminée, en tant qu'employée de maison pour M. B, qui a déposé une demande d'autorisation de travail à son bénéfice le 16 novembre 2022. Elle exerce également une activité bénévole auprès de la Croix-Rouge. Mme A C se prévaut ainsi de circonstances particulières de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Par suite, le préfet des Yvelines a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en rejetant la demande de titre de séjour de l'intéressée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du préfet des Yvelines du 22 avril 2024 rejetant la demande de titre de séjour de Mme A C doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

5. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Yvelines délivre à Mme A C le titre de séjour sollicité. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement, et de la munir, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisation à travailler.

Sur les frais liés au litige :

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 22 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de délivrer à Mme A C le titre de séjour sollicité dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement et de la munir, dans l'attente, d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A C une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2404177

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