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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404225

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404225

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 mai 2024, Mme A C B, représentée par Me Ormillien, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 avril 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de trente jours ; à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative au regard de ces dispositions dans un délai de trente jours ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;

- il méconnaît les articles L. 425-9 et L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 juin 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués à l'appui de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de Mme Lutz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C B, ressortissante malgache née le 12 avril 1951, déclare être entrée en France en 2022 sous couvert d'un visa C. Le 2 septembre 2022, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté du 29 avril 2024, dont Mme C B demande l'annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Il ressort des pièces du dossier que Mme C B, âgée de 73 ans, souffre d'une maladie d'Alzheimer responsable d'une perte d'autonomie et de comorbidités chroniques telles qu'un diabète de type 2, une HTA, une dyslipidémie, une insuffisance aortique et une gonarthrose bilatérale rendant les déplacements difficiles, pathologies pour lesquelles elle est prise en charge par un médecin gériatre à Evry. Les documents médicaux produits attestent ainsi de la nécessité d'un suivi médical. Par ailleurs, l'intéressée est veuve et mère de quatre filles, dont l'une vit en Suisse, une autre, qui la prenait en charge, est décédée à Madagascar en 2021, une troisième, qui vit encore à Madagascar, est handicapée et dans l'incapacité même de se prendre en charge, et la quatrième, de nationalité française, l'héberge. Par suite, au regard de l'état de santé de Mme C B, de son isolement à Madagascar et de la présence indispensable auprès d'elle, compte-tenu de la pathologie dont elle souffre, de sa fille française, le préfet des Yvelines a entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de titre de séjour.

3. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision de refus de séjour prise par le préfet des Yvelines le 29 avril 2024 doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

4. Le présent jugement implique nécessairement que le préfet des Yvelines délivre à Mme C B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à cette délivrance dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 29 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de délivrer à Mme C B un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C B une somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C B et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 16 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Sauvageot, présidente,

- Mme Lutz, première conseillère,

- Mme Degorce, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

La rapporteure,

signé

F. Lutz La présidente,

signé

J. Sauvageot

La greffière,

signé

C. Delannoy

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2404225

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