lundi 8 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404237 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ABEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrée le 22 mai 2024 au tribunal administratif de Versailles, M. D A, représenté par Me Abel, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2024 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans en l'informant qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne ou tout préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de prendre toutes mesures utiles à la suppression de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
-la décision attaquée est signée d'une autorité ne justifiant pas de sa compétence ;
-elle est insuffisamment motivée et cette insuffisance révèle un défaut d'examen complet et circonstancié de sa situation personnelle caractérisée par la durée de sa présence sur le sol français où il réside en compagnie de son épouse et son enfant qui y est né ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle lui refuse un délai de départ volontaire et prononce à son encontre une interdiction de retour de cinq ans, compte tenu de sa résidence en France remontant à plus de six ans et de la présence de son épouse et son enfant ;
- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il vit en France avec son épouse et son enfant, laquelle a sollicité un rendez-vous en préfecture le 6 juillet 2022 aux fins de délivrance d'un titre de séjour mention salarié ;
-elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
-la décision portant fixation du pays de renvoi est illégale par voie d'exception ;
- la décision lui interdisant le retour sur le territoire français est illégale pour être dépourvue de base légale alors que les faits commis plus de quatre ans avant l'édiction de l'arrêté ne sauraient caractériser une menace pour l'ordre public ; elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale pour les motifs précédemment évoqués.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 avril 2024 :
- le rapport de Mme E ;
-les parties n'étant ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien né le 6 janvier 1986, a déclaré lors de son audition être entré pour la première fois en France en 2012, puis avoir séjourné en Espagne pour revenir ensuite sur le sol français en 2018 sans être en possession des documents exigés par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a fait l'objet les 4 avril 2018 et 11 avril 2019 de deux décisions l'obligeant à quitter le territoire prises, respectivement, par le préfet du Val-de-Marne, puis le préfet de la Mayenne, auxquelles il s'est soustrait. Il a été interpellé le 19 mai 2024 et placé en garde à vue pour des faits de conduite sans permis alors qu'il roulait en sens interdit. Par une décision du 20 mai 2024, dont il demande l'annulation, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.
2. En premier lieu, par un arrêté n°2024-PREF-DCPPAT-BCA-077 du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratif spécial de la préfecture de l'Essonne, la préfète de L'Essonne a donné délégation à M. C B, directeur de cabinet, pour signer tous actes, arrêtés et décisions dans la limite de ses attributions. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, si le requérant soutient que la préfète n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, il ressort toutefois des pièces du dossier que sa situation personnelle a été examinée lors de son audition en garde à vue du 20 mai 2024, comme il ressort du procès-verbal d'audition du même jour, ainsi que des mentions précises de la décision litigieuse qui ne peut être tenue pour insuffisamment motivée et lui permet de présenter utilement ses observations. Il en résulte que les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ne peuvent qu'être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français faite à M. A, entré en France à l'âge de 32 ans et dont l'épouse, qui a seulement déposé une demande de rendez-vous en préfecture en vue de la délivrance d'un titre de séjour salarié, est également en situation irrégulière, porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La seule circonstance de la durée de sa présence en France, tandis qu'il s'est soustrait aux deux précédentes obligations de quitter le territoire qui lui ont été décernées et n'apporte aucun élément suffisamment probant de son intégration professionnelle ou sociale, ne suffit pas à elle seule à tenir la décision attaquée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Enfin, il n'est pas justifié d'une impossibilité pour la famille de se reconstituer dans le pays d'origine des deux parents. La préfète n'a, par suite, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles Elle n'a pas davantage méconnu celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant né le 27 octobre 2021 dont il n'est pas établi qu'il ne pourrait accompagner ses parents.
6. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Essonne lui faisant obligation de quitter le territoire.
7. En quatrième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 6 du présent jugement, M. A n'a pas établi l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire. Par suite l'exception d'illégalité de celle-ci à l'encontre de la décision portant fixation du pays de renvoi doit être écartée.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). " Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Enfin aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est soustrait à deux reprises à l'obligation de quitter le territoire français qui lui a été faite successivement par le préfet du Val-de-Marne puis le préfet de la Mayenne et qu'il a fait part de son intention lors de son audition du 20 mai 2024 de ne pas quitter le territoire. Dès lors, et alors même que résident à ses côtés son épouse, elle-même en situation irrégulière, et sa fille née au mois d'octobre 2021, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en refusant d'accorder à l'intéressé un délai de retour volontaire et n'a pas davantage entaché sa décision d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. " et aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il ressort de ces dispositions que l'autorité compétente, en l'absence de circonstance humanitaire, doit, pour fixer la durée de l'interdiction de retour qu'elle entend prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux.
11. En l'espèce, la durée de son séjour en France de M. A, qui s'est soustrait à deux mesures d'éloignement et dont l'épouse séjourne à ses côtés en situation irrégulière, ne constitue pas à elle seule une circonstance humanitaire de nature à regarder la décision en cause comme excessive. Dès lors le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant la décision litigieuse dont la durée ne peut être regardée comme entachée d'une erreur d'appréciation compte tenu du comportement d'ensemble de M A.
12. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la préfète de l'Essonne lui refusant un délai de départ volontaire et lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans an en l'informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen pendant la durée de cette interdiction.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce comprises celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1 : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2024.
La magistrate désignée,
Signé
M. E Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
2404237 N°
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026