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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404347

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404347

vendredi 11 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404347
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLIGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, M. B D C A, représenté par Me Liger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 octobre 2023 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour " salarié " dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ; à titre subsidiaire, de lui enjoindre de réexaminer sa situation dans le délai de trente jours, et de lui délivrer sans délai, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Liger en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sous réserve qu'elle renonce à percevoir l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 4-2 de l'accord franco-sénégalais ;

- elle méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;

- elle méconnait l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Une note en délibéré, présentée par M. A, a été enregistrée le 27 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- Vu l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Geismar, première conseillère ;

- les observations de Me Liger pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né en 1993, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 2 février 2015. Il a sollicité, le 16 novembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle par le travail, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 31 octobre 2023, dont il demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de le lui délivrer et l'a obligé à quitter le territoire dans le délai de trente jours, en fixant le pays de destination.

Sur la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour attaquée vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006. Elle expose en outre les éléments relatifs à la situation du requérant pris en compte par le préfet pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En outre, il ressort des termes de la décision attaquée, et de ce qui a été dit au point précédent, que le préfet des Yvelines a procédé à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ". En outre, l'accord franco-sénégalais stipule, en son article 4 paragraphe 42 que : " () Un ressortissant sénégalais en situation irrégulière en France peut bénéficier, en application de la législation française, d'une admission exceptionnelle au séjour se traduisant par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant : / soit la mention " salarié " s'il exerce l'un des métiers mentionnés dans la liste figurant en annexe IV de l'Accord et dispose d'une proposition de contrat de travail. / Soit la mention " vie privée et familiale " s'il justifie de motifs humanitaires ou exceptionnels ". Ces stipulations, qui renvoient à la législation française en matière d'admission exceptionnelle au séjour des ressortissants sénégalais en situation irrégulière, rendent applicables à ces ressortissants les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le préfet, saisi d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour par un ressortissant sénégalais en situation irrégulière, est conduit, par l'effet de l'accord du 23 septembre 2006 modifié, à faire application des dispositions de l'article L. 435-1 précité.

5. Le requérant fait valoir d'une part qu'il réside habituellement en France depuis huit ans à la date de la décision attaquée, et se prévaut d'autre part de son emploi d'agent d'entretien, métier mentionné dans la liste figurant en annexe IV de l'accord franco-sénégalais, ainsi que d'une promesse d'embauche et de bulletins de paie. Toutefois, ni les stipulations précitées de cet accord, ni celles de l'article L. 435-1, n'imposent à l'administration de délivrer au ressortissant sénégalais qui se prévaut d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail pour l'un de ces métiers, un titre de séjour portant la mention " salarié ". En outre, la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière est dépourvue de caractère impératif, et pour accorder cette admission exceptionnelle au séjour, laquelle ne constitue pas un droit selon les termes de l'accord franco-sénégalais, le préfet doit prendre en considération la situation personnelle de l'intéressé. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait commis une erreur de droit en ne lui accordant pas le titre de séjour sollicité au vu de l'inscription sur la liste figurant en annexe IV de cet l'accord de l'emploi qu'il occupe.

6. En troisième lieu, M. A soutient qu'il justifie d'une résidence continue sur le territoire français depuis 2015 et d'une bonne intégration professionnelle dès lors qu'il a été employé en tant qu'agent d'entretien. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants, à eux seuls, pour caractériser des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant, célibataire et sans charge de famille en France, ne fournit aucun document permettant d'attester de l'intensité des liens qu'il aurait tissés sur le territoire et ne conteste pas disposer d'attaches dans son pays d'origine où, notamment, sa mère réside. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. En quatrième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. A fait valoir qu'il est entré en France en 2015, qu'il y séjourne sans interruption depuis, et qu'il exerce une activité professionnelle régulière. Toutefois, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 précité doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité, par voie d'exception, de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. En outre, pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 6, le requérant, qui ne démontre pas l'existence d'une insertion personnelle intense et stable, et qui dispose d'attaches dans son pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnait l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui la fonde, doit être écarté.

12. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

13. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'arrêté précise que la mesure sera au besoin exécutée d'office à destination du pays dont il a la nationalité. Par ailleurs, il ne fait état d'aucun risque pour sa vie ou son intégrité en cas de retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré du non-respect des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 31 octobre 2023.

Sur les autres conclusions :

15. Le sens du présent jugement n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative doivent donc être rejetées.

16. De même, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Me Liger, pour le compte de M. A, soit mise à la charge de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D C A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

- M. Maitre, premier conseiller,

- Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2024.

La rapporteure,

signé

M. Geismar

La présidente,

signé

N. Ribeiro Mengoli

La greffière,

signé

I.de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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