vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2404348 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | EKOLLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. B A, représenté par Me Ekollo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 mai 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet a méconnu l'étendue de sa compétence en refusant de le régulariser à titre dérogatoire compte tenu de sa durée de présence et de sa bonne intégration professionnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour dès lors qu'il réside de manière continue en France depuis janvier 2014 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet s'est cru tenu de prendre cette décision en conséquence de sa décision lui refusant un titre de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Maitre, premier conseiller a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant malien né en 1987, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite. M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. "
3. En premier lieu, si M. A soutient résider habituellement sur le territoire français depuis le 1er janvier 2014, il ne produit, ainsi que l'a relevé à juste titre le préfet des Yvelines dans sa décision, aucune pièce suffisamment probante de nature à établir sa présence effective sur le territoire français avant le 23 juin 2014, date à laquelle il a ouvert un livret A auprès de la Banque postale. La production des conditions générales d'utilisation du pass Navigo supportant le nom du requérant et un tampon daté de la SNCF mais aucune signature, et en tout état de cause daté du 20 mai 2014, n'est pas suffisamment probante pour attester de l'entrée effective du requérant sur le territoire français depuis au moins dix ans à la date de la décision attaquée prise le 2 mai 2024. Par suite, dès lors que M. A ne justifie pas résider habituellement en France depuis plus de dix ans à cette date, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait dû saisir pour avis la commission du titre de séjour.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, entré en France en 2014, n'a pas exercé d'activité professionnelle avant le mois de mars 2020, date à laquelle il a été embauché à temps complet en contrat à durée indéterminée comme manœuvre dans le bâtiment. M. A n'atteste, par la production de bulletins de paie, que d'une expérience de 20 mois dans ce domaine. S'il produit également à l'appui de sa demande, une demande d'autorisation de travail assortie d'une promesse d'embauche, déposée en novembre 2023 par une société de transport pour un emploi d'ouvrier polyvalent, il n'est toutefois pas contesté par M. A que cette société n'a jamais adressé au service de la main d'œuvre étrangère le contrat de travail qu'elle entendait conclure avec lui, tandis qu'il ne produit aucun bulletin de salaire pour cette activité. Dans ces conditions, et alors que M. A ne peut utilement invoquer les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012, c'est sans entacher son appréciation d'erreur manifeste que le préfet des Yvelines a pu estimer que l'intéressé ne présentait pas de circonstances exceptionnelles justifiant son admission au séjour au titre du travail.
5. En troisième lieu, il est constant que M. A est célibataire et sans charge de famille. S'il soutient qu'il a nécessairement développé des relations fortes sur le territoire français compte tenu de sa longue durée de présence et de son insertion professionnelle, il n'apporte aucun début d'élément de nature à l'établir à l'exception de la production du titre de séjour de son père, qui réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident. Toutefois, ce seul élément est insuffisant à caractériser un motif humanitaire ou exceptionnel justifiant que l'intéressé soit admis exceptionnellement au séjour au titre de sa vie privée et familiale et ne caractérise pas plus une atteinte disproportionnée portée à sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel justifiant qu'il soit admis au séjour alors qu'il ne remplit les conditions de délivrance d'aucun des titres prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines aurait méconnu l'étendue de sa compétence en n'étudiant pas la possibilité de le régulariser.
7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français
8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision refusant au requérant un titre de séjour doit être écarté.
9. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que le préfet des Yvelines se serait cru tenu de délivrer à M. A une obligation de quitter le territoire français sans examiner sa situation personnelle après avoir refusé de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.
10. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant fixant le délai de départ devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. "
13. L'arrêté attaquée vise les dispositions précitées, comporte les éléments d'appréciation de la situation personnelle de M. A et indique qu'aucune circonstance ne justifie qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours ne soit accordé à l'intéressé. Il comporte ainsi les circonstances de droit et de fait ayant conduit le préfet des Yvelines à retenir le délai de départ de droit commun de trente jours. Le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit donc être écarté.
14. En troisième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 5, le moyen tiré de ce qu'en ne lui accordant qu'un délai de trente jours, le préfet des Yvelines aurait méconnu de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne le pays de destination :
15. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.
16. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles énoncées au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, en tout état de cause, être écarté.
17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
M. Maitre, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
B. Maitre
La présidente,
signé
N. Ribeiro-Mengoli
La greffière,
signé
I. de Dutto
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026