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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2404349

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2404349

vendredi 15 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2404349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mai 2024, M. B A, représenté par Me Levy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 avril 2024 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande renouvellement de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, un titre de séjour " vie privée et familiale ", ou, à titre subsidiaire, de procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) méconnait les dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet des Yvelines était tenu de saisir la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle ne prend pas en considération son état de santé à la date de la décision et qu'elle se fonde sur une situation familiale erronée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet des Yvelines s'est cru en situation de compétence liée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle et familiale.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle en méconnaissance de l'article L. 251-1 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 423-23 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 juillet 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ribeiro-Mengoli,

- et les observations de Me Volle, pour le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais, déclare être entré irrégulièrement en France le 10 janvier 2013. Il a sollicité, le 2 novembre 2022, le renouvellement du titre de séjour qui lui avait été délivré en raison de son état de santé. Par un arrêté du 23 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet des Yvelines a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dont il est fait application et expose de manière suffisamment précise la situation familiale et professionnelle du requérant, après avoir indiqué les raisons pour lesquelles, eu égard à la teneur de l'avis du collège des médecins de l'OFII, sa demande de titre de séjour en raison de son état de santé est rejetée. Ainsi, l'arrêté énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde pour permettre à son destinataire d'en comprendre les motifs. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté. Il ne ressort pas davantage de ses motifs ou des autres pièces du dossier qu'avant de statuer le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, ce moyen doit également être écarté.

3. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être exposé au point 2 du présent jugement M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Yvelines s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office () ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre (). Il transmet son rapport médical au collège de médecins () ".

5. Le préfet des Yvelines a produit l'avis émis le 30 janvier 2023 par le collège de médecins de l'OFII concernant M. A. Cet avis mentionne le nom du médecin qui a exercé la fonction de rapporteur devant le collège et rédigé le rapport prévu par les dispositions règlementaires citées au point précédent. Il ressort en outre des indications figurant sur cet avis que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein du collège appelé à se prononcer sur le cas de l'intéressé. Le moyen tiré de l'irrégularité entachant la procédure de consultation du collège de médecins de l'OFII au regard des dispositions des articles R. 425-11 et R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté comme manquant en fait.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. "

7. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. A, le préfet des Yvelines a notamment fondé son appréciation sur l'avis émis le 30 janvier 2023 par le collège des médecins de l'OFII aux termes duquel si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, son état de santé lui permettant par ailleurs de voyager sans risque vers le pays dont il est originaire. M. A ne produit aucune pièce établissant qu'un traitement approprié à son état de santé ne serait effectivement pas disponible dans son pays d'origine. S'il soutient que son état de santé a évolué entre la date à laquelle l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII a été rendu et la décision attaquée il se borne à produire le compte rendu d'une consultation médicale évoquant une hospitalisation en janvier 2023 et le compte-rendu d'une consultation médicale du 7 mars 2024 qui n'évoque aucune modification substantielle de son traitement. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, d'erreur d'appréciation ou d'erreur de fait que le préfet des Yvelines a pu considérer qu'il ne remplissait pas les conditions pour se voir admettre au séjour au titre de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative :: 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".

9. D'une part, il résulte de ce qui précède que M. A ne remplissait pas effectivement les conditions de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, la demande de renouvellement de titre de séjour de M. A n'a pas été présentée sur le fondement du deuxième alinéa de l'article L. 435-1 du même code. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour doit être écarté.

10. En sixième lieu, il est constant que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur lequel le préfet des Yvelines ne s'est pas prononcé, ne constituent pas le fondement de la demande de titre de séjour de M. A. Dès lors, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions et le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté comme inopérant.

11. En septième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors que, contrairement à ce qui est indiqué dans l'arrêté contesté, ses parents ne résident pas dans son pays d'origine mais sont décédés. Toutefois, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était pas fondé sur ces éléments. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

12. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

13. M. A, célibataire et sans charge de famille, ne démontre pas être dépourvu de tout lien dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans et où résident ses trois enfants majeurs et son frère selon les déclarations qu'il a faites lors du dépôt de sa demande de titre de séjour. Il ne justifie d'aucune insertion sociale particulière et ne peut se prévaloir d'une insertion professionnelle substantielle. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations mentionnées au point 12 doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de la décision de renouvellement de titre de séjour au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'obligation de quitter le territoire français qui accompagne la décision de refus de titre de séjour n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de cette décision. La décision de refus de titre de séjour étant, ainsi qu'il a été dit précédemment, suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la mesure d'éloignement doit être écarté, de même que celui du défaut d'examen particulier de la situation du requérant, qui ne ressort pas des pièces du dossier.

16. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement, que M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire méconnaîtrait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en vigueur à la date de la décision en litige.

17. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, présentés à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13 en ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour.

Sur la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

18. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation présenté à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être écarté pour les pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 13.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

M. Maitre, premier conseiller,

Mme Geismar, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 novembre 2024.

La présidente-rapporteure,

signé

N. Ribeiro-Mengoli

L'assesseur le plus ancien,

dans l'ordre du tableau

signé

B. MaitreLa greffière,

signé

I. de Dutto

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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